Ce film brillant est une réflexion sur l'ultra-luxe des princes saoudiens, le pouvoir et les rapports de domination. À travers Laura, une jeune employée recrutée pour le service 24/24 heures et 7/7 jours auprès de la demeure d’un prince saoudien qui installe (ou enferme) sa femme illégitime à Paris, le film dévoile les coulisses d’un monde caché et d’opulence, mais qui fonctionne en réalité comme une prison dorée, d'où le titre explicite "Le Triangle d'or" qui renvoie aussi au trio de personnages principaux : Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri. L’opposition entre des espaces somptueux réservés aux maîtres et les lieux étroits pour les domestiques permet de montrer les inégalités sociales et les mécanismes de soumission. Les caméras de surveillance renforcent cette impression d’enfermement tout en donnant au film une esthétique froide, presque carcérale. La richesse apparaît progressivement comme un excès étouffant, accumulant objets inutiles, déchets immoraux et signes de pouvoir, mais incapable de combler la solitude ou l'ennui, comme si décidemment "l'argent ne fait pas le bonheur". Laura est recrutée pour son jeune âge, sa soumission et sa totale incompréhension des enjeux politiques. Elle apparait au contraire comme une femme forte de valeurs, indépendante et déterminée à acquérir sa propre liberté. Le film souligne que les rapports de domination se prolongent à tous les niveaux : chacun est soumis à quelqu’un de plus puissant que soi, tandis que les inégalités sociales se mêlent aux rapports entre les sexes, la femme de pouvoir saoudienne pouvant elle-même devenir un objet de désir sexuel. Malgré cet univers oppressant, certaines relations, notamment entre Laura et le majordome ou entre Laura et « Madame », introduisent des moments d’humanité bienvenus. Le film dépasse la simple dénonciation du luxe pour montrer que le véritable pouvoir réside dans la capacité à définir sa propre liberté et à ne pas subir les valeurs des autres.