Présenté comme le grand film inspirant de l’année, calibré pour briller aux Oscars, Marty Supreme arrive avec tous les atours d’un drame ambitieux : photographie léchée, musique emphatique (des 1980's petit anachronisme), performance d’acteur intense, campagne promotionnelle omniprésente. Tout semble donc pensé pour séduire le quidam. Las, derrière cette vitrine prestigieuse, le film laisse un goût d’inachevé. Contrairement à ce que laissait entendre la bande-annonce, le ping-pong n’est pas le sujet du film. Il sert davantage de décor symbolique que de moteur narratif. Les matchs, bien filmés et chorégraphiés avec précision, ne sont qu’un prétexte pour raconter l’ascension d’un jeune homme obsédé par sa réussite. Ceux qui s’attendaient à un film sportif haletant ou à une exploration passionnée de cette discipline peu connue seront déroutés. Au cœur du récit, Marty est un jeune homme prêt à tout pour réussir — quitte à voler, manipuler, arnaquer et faire preuve d’un cynisme glaçant (notamment envers les femmes). Le film ne cherche jamais vraiment à excuser ses actes, mais il ne les condamne pas non plus. C’est là que réside le malaise : aucune morale ne vient contrebalancer cette trajectoire unique. Les scénarios d'Hollywood sont toujours prévisibles, mais désormais c'est vers le cynisme plus que le "happy end" qu'ils se dirigent (au bout de 2h30, ce qui est long). La seule philosophie qui triomphe est celle d’un individualisme froid, où la fin justifie les moyens. Des mentors trahis, des adversaires humiliés, des relations amoureuses sacrifiées sur l’autel de l’ambition. Marty Supreme voulait sans doute être un portrait incisif d’une génération prête à tout pour percer ; il ressemble surtout à une œuvre obsédée par son propre prestige. Ce n'est pas un mauvais film, il sera cependant vite oublié, dès la semaine prochaine, alors que sa promotion avait commencé il y a plus d'un an.