C’est le dernier film en date de Miyazaki et peut-être le dernier tout court. On nous raconte l’histoire vraie et librement contée de Jiro Horikoshi, un ingénieur japonais dans l’aéronautique dans les années 1930. De sa jeunesse à la fin de la guerre, on suit le parcours de ce jeune homme rêveur et doué, perdu dans un monde qui est en train de se fissurer. La guerre a toujours été un des thèmes de Miyazaki. D’ordinaire, à l’exception de Princesse Mononoké, on pouvait voir dans son discours une forme de naïveté bien charmante mais aussi un peu simpliste. Cette fois, il semble prendre du recul et adopter un point de vue plus personnel. Visuellement, pas de mystère, c’est une réussite, comme toujours. Le vieux ronchon qui est en moi regrette certes l’emploi pas toujours discret du numérique mais que serait le ronchon s’il ne ronchonnait pas ? On admire toujours cette légèreté que Miyazaki parvient à créer lors de l’envol de ses avions, qu’ils soient de papier ou de métal. Le travail sur le son est intéressant également puisqu’il utilise les voix humaines pour donner vie aux machines, du bruitage à la bouche surprenant au premier abord. Le récit se déroule sur une quinzaine d’années, une vingtaine tout au plus. Notre héros est un gentil, un véritable gentil. Fiable, altruiste, visionnaire. On l’aime dès le début et il est là pour ça. Car en toile de fond, loin, c’est l’essor du nationalisme guerrier de l’empire japonais. C’est la colonisation de la Chine. C’est le pacte avec Hitler. Et notre héros va concevoir des avions car l’avion, c’est ce qu’il aime, ce qui le fait rêver, la douceur et la liberté. Il travaille à l’arme de guerre japonaise, consulte les travaux de la Wehrmacht, détourne le regard quand au coin d’une rue en Allemagne, on devine une agression. C’est un vrai gentil qui œuvre pour des salauds. Et quoi qu’il arrive, il faut vivre quand le vent se lève. La force du film est là, dans le refus d’un manichéisme de catéchèse. Notre gentil garçon aura sa part de responsabilité dans l’immense cimetière que l’on découvre à la fin. Il a aussi du mal à revenir sur terre quand sa responsabilité est engagée en tant qu’époux. Miyazaki semble admettre, enfin, que l’homme est complexe et qu’il est toujours le fruit d’un contexte et d’adaptations à ce contexte. Il dit aussi que l’individu ne doit pas fuir ses responsabilités et qu’il lui appartient de s’engager. Jiro n’a pas la trempe de Marco dans Porco Rosso mais comme lui, il vit de rêves. Un très bon moment donc et un épisode de l’Histoire (la société japonaise des années 1930) que l’on a peu l’occasion de voir. Fortement conseillé mais par vraiment pour les enfants.