Avant tout, ce film parle du Japon des années 1930 : un pays tiraillé entre admiration et jalousie devant la puissance industrielle de l’Occident, et rongé par la honte de son retard technologique.
Miyazaki s’empare de ce complexe pour questionner le progrès, et surtout la “crise de l'Esprit” déjà dénoncée par Valéry, lorsque la technique, formidable moteur d’émancipation humaine, devient également une machine à désastres. Le plan final – une plaine couverte de carcasses d’avions – résume cette ironie cruelle, car ces merveilles d’ingénierie, permettant enfin à l'homme de fuir la gravité, sont les mêmes engins qui pleuvront comme des pierres sur Pearl Harbor. Et au grondement des séismes et des incendies excellemment réalisé dans ce film, répond le vrombissement du premier avion tout métal japonais.
Pourtant, le cinéaste se refuse au désespoir et fait de son film une ode la résilience humaine. Face à la dureté de sa condition, marquée par la maladie et la mort, face aux tremblements de terre, aux tsunamis ou aux tempêtes, les personnages restent debout et conjurent la fatalité par l’optimisme et le rêve.
C’est dans cette persévérance tranquille que Miyazaki laisse filtrer une lueur d’espoir qui éclaire l’obscurité de son récit : malgré la ruine et la mort, l’élan de vivre l’emporte encore, ne serait-ce qu’un instant de plus.