Inspiré de la vie de Jiro Horikoshi, Hayao Miyazaki esquisse le portrait d’un enfant fasciné par le ciel qui, condamné par sa mauvaise vue à ne jamais piloter, choisit de dessiner les machines qui feront voler les autres. Dans ses songes, les avions défilent et le rêve devient un lieu où l’ingénieur contemple la pureté de son ambition, momentanément détachée de ses conséquences.
Miyazaki filme les avions avec une fascination visuelle palpable. L’ingénierie y est traitée comme un art, et le film s’attarde sur les dessins, les calculs, les prototypes ratés, les matériaux testés puis abandonnés. Mais cette beauté technique porte une ambiguïté constante : les machines que Jirō perfectionne sont splendides, et c’est précisément cette perfection qui trouble, car ces formes d’une pureté sont destinées à la guerre.
Dans cet univers, la relation entre Jirō Horikoshi et Naoko Satomi introduit une mélancolie plus intime. Atteinte de tuberculose, Naoko aime en sachant que le temps lui est compté. Ainsi, les avions sont magnifiques mais faits pour la guerre, Naoko est lumineuse mais condamnée par la maladie, et même le Japon que filme Miyazaki (ses villages, ses ateliers, ses paysages traversés de vent) semble appartenir à un monde déjà menacé de disparition. Dans cette perspective, le vent devient le véritable motif du film, emprunté à un vers de Paul Valéry : « Le vent se lève… il faut tenter de vivre. »