Je n'attendais absolument rien de particulier au moment de lancer ce film, et honnêtement, je ressors de ce visionnage tout sauf déçu. Même si, à chaud, je le trouve peut-être un poil moins percutant ou immédiat que d'autres très grands classiques du studio, je dois bien avouer qu'il a largement sa place parmi les chefs-d'œuvre de l'animation des années 2010. Ce qui m'a tout d'abord sauté aux yeux, c'est l'évolution technique sidérante. Le fait que l'œuvre s'appuie toujours sur une animation traditionnelle dessinée à la main est franchement admirable, et la claque visuelle est impressionnante quand on compare cette fluidité avec les premiers longs-métrages des années 80. Sur mon téléviseur OLED, le rendu des couleurs, la profondeur des cieux et la beauté des séquences aériennes m'ont tout simplement ébloui.
Ce qui fait la véritable singularité de ce métrage à mes yeux, c'est son ton qui se veut profondément, viscéralement mature. On sent que le studio a délibérément voulu sortir de sa zone de confort habituelle. À l'exception notable du Tombeau des lucioles, il est rare de voir Ghibli délaisser à ce point son folklore. Ici, on peut dire adieu au moindre aspect magique ou fantastique. C'est un parti pris radical qui pourrait en dérouter plus d'un, mais qui a constitué pour moi une véritable bouffée d'air frais. Le film rend un hommage magnifique et ancré dans le réel à la figure de l'ingénieur Jiro Horikoshi, tout en y mêlant une romance poignante. D'ailleurs, même si j'ai découvert en vérifiant les faits que l'histoire déchirante de sa femme est en réalité une fiction dramatique empruntée à la vie de l'écrivain Tatsuo Hori, cela n'enlève absolument rien à la sincérité et à la puissance de leur relation à l'écran.
L'atmosphère est sublimée par une bande originale tout simplement majestueuse, qui accompagne avec grâce ce récit au rythme volontairement lent. Cette lenteur contemplative est une véritable signature du studio, ce n'est donc absolument pas un défaut à mon sens. Elle permet au contraire d'installer des émotions discrètes mais d'une redoutable efficacité dans la dernière partie de l'œuvre. J'ai été littéralement happé par les dilemmes moraux du protagoniste, me mettant totalement à sa place, tiraillé entre son rêve pur de créer des avions et la réalité destructrice de la guerre. Le seul véritable avertissement que je formulerais concerne d'ailleurs son public cible : avec ses longues discussions sur l'ingénierie militaire, la maladie et la fatalité du conflit, ce n'est clairement pas un film destiné aux enfants.
Mais après tout, l'estampille Ghibli n'a jamais signifié que l'œuvre devait se cantonner exclusivement au jeune public, et ce long-métrage en est la preuve incontestable. Au bout du compte, j'ai profondément aimé ce drame qui témoigne d'une maîtrise narrative et d'une audace thématique exceptionnelles de la part de Hayao Miyazaki. C'est une lettre d'amour tragique à la création et à l'aviation, une véritable leçon de cinéma qui continue de mûrir dans mon esprit bien après le générique de fin.