La petite gauchère du film est l'une des héroïnes, avec sa grande sœur et sa mère célibataire, qui travaille sur un marché de nuit de Taipei, d'un film qui trace les portraits individuel et collectif d'une famille soumise à de grandes turbulences et tensions. Le montage incisif de Sean Baker (également producteur et coscénariste) donne rapidité et efficacité au récit, sans qu'aucune piste narrative ne soit négligée, débouchant d'ailleurs sur une scène grandiose, autant cruelle qu'hilarante, comme un Festen en miniature. Le constat social est implacable, mais la manière scintillante et humoristique du long métrage ne rend jamais Left-Handed Girl fondamentalement triste puisque les remèdes in Taïwan existent, à base de solidarité, de tendresse et de débrouillardise. Le film file en scooter dans les grandes avenues de la capitale, se faufile dans le chaos organisé du marché nocturne et nous offre un beau condensé d'une vie urbaine où survivre demande un brin d'énergie pour la population la plus délaissée. Oui, au féminin, car on nous fait bien comprendre que dans cette société et ses dehors modernes, se tapit toujours la place prépondérante qu'occupent les hommes. Pour l'autre sexe, c'est un combat quotidien que le film raconte brillamment avec ses armes, celle de la légèreté acidulée, entre autres.