Je ne comprends pas.
Je me suis encore une fois fait eu par Sirk.
Comme souvent avec ses films, on commence en se disant qu'on ne peut pas se laisser avoir par de si grosses ficelles. Les clichés, les personnages grossiers... on voit venir Sirk avec ses gros sabots, sa trame déjà vue, digne d'un roman photo.
Le début de Battle hymn n'échappe pas à ce jugement hâtif. Les effets spéciaux à deux cents, la photo de Russell Metty, la disposition du personnage joué par Rock Hudson dans le piège de la culpabilité, le drame intérieur qu'il vit n'a au départ que les aspects démago-émotionnels du sensationnel cheap. Bref, on se dit que cette fois Sirk va trop loin et qu'il ne parviendra pas à ses fins

Et boum, je ne sais comment, le saligaud nous enlève. Rapt délicat, insidieux. Magique, surtout, je ne comprends toujours pas ce qui se passe. Le sujet abordé (un pasteur/pilote d'avion en proie à un sentiment de culpabilité après avoir par accident bombardé un orphelinat) ne m'intéresse pas. La question de savoir si l'on a le droit de tuer pour faire le bien (surtout si l'on est chrétien), thématique qui vient de me paraitre presque pénible avec Le révolté d'Oshima, arrive ici à devenir passionnante. Une empathie incroyable avec le personnage de Rock Hudson.

En fait, Sirk charge son film aux clichés et stéréotypes et de là, construit à coup de scènes pleines de poésie et de tendresse une oeuvre profonde, à la subtilité au préalable insoupçonnée, qui éclate merveilleusement.

Le pastel du cinémascope de Metty et ses fameuses chorégraphies des couleurs font mouche. Elles assistent les personnages à trouver en eux, dans leur questionnement mystique, une vérité intime qui touche, c'est inévitable. Profondeur surprise.

Ce Battle hymn n'a pas la portée sociale et effrontée de All that heaven allows ou Imitation of life : il est totalement axé sur la mort. Les personnages sont moralement confrontés à leur acceptation de la mort, celle qu'ils donnent par la guerre. Le meurtre pour le bien. Quelque chose en apparence simpliste mais cependant bien compliqué pour des personnages plus profonds et réels qu'ils n'apparaissaient en premier lieu.

Ce film montre bien encore une fois que Sirk n'est pas là où on l'imagine. Qu'avec les outils émotionnels hollywoodiens de base (mélo, film de guerre, couleurs, action, pleurniches), qui vont chercher aux tripes, il réussit à proposer une réflexion subtile, intelligente et fouillée. Sans crier gare.

On s'est fait eu. Encore une fois.
Douglas "Encore-une-fois" Sirk, cinéaste génial.
Alligator
9
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le 8 févr. 2013

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Alligator

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