Grande bourgeoise de province, Jeanne se morfond dans l'oisiveté et aux côtés d'un mari souvent absent. L'exposition de la relation ambiguë, délétère, entre Jeanne Moreau et Alain Cuny, dans la première partie, est une des clés du film. Elle porte un certain mystère relativement à ce que cette épouse et ce mari sont l'un pour l'autre. Les escapades parisiennes de Jeanne semblent la métaphore de sa recherche du plaisir. Mais lequel ?
"Les amants" : le titre semble vouloir dire qu'il y a amant et amant. Ce joueur de polo distingué ne semble pas devoir faire l'affaire ; trop lisse, trop de la même classe. Alors pourquoi pas cet aristo renégat et touriste en 2CV rencontré au hasard d'une panne de voiture ?
A dessein, le film de Louis Malle est évasif, ses caractères peu étayés. C'est dans sa dernière partie qu'il témoigne le mieux de sa singularité et de sa valeur, de son audace aussi, en 1958. Jeanne s'abandonne au long d'une nuit en clair-obscur et comme irréelle. De belle et élégante, Jeanne Moreau, les cheveux dénoués, devient sensuelle et radieuse. Louis Malle tourne une longue et troublante séquence, aux confins de l'allégorie et de la volupté où l'actrice, sur une sonate de violoncelle, n'a peut-être jamais été aussi séduisante. Le cinéaste parvient à faire passer dans ces heures d'extase que découvre son héroïne de la sensibilité et de la grâce.