Spoiler alert jeune moldu.
Ce film est victime, comme pas mal de grosses productions ces temps dernier de ce qu'on pourrait appeler un accident industriel, lié notamment au contexte difficile de production dans le paysage du cinéma et au temps des polémiques qui fragilisent le moindre acteur, le moindre film, le moindre studio ainsi qu'à la crise des studios de manière générale, qui n'ont plus aucunes idées semble-t-il.
Le film a par ailleurs pour sujet la crise, la crise politique, expliquant l'ascension de Grindelwald à la tête du monde des sorciers, profitant justement des divisions et des tensions (nous sommes dans les années 30).
Si le thème du film était donc intéressant, dressant un parallèle, un peu facile, mais toujours éclairant, entre l'ascension d'un mage noir et d'un dictateur, allant jusqu'à singer l'ambiance de l'Allemagne des années 30, le contexte de production, du Covid, les changements d'acteurs, et des erreurs d'écriture et de montage conduisent à un film bancal, amoindri dans son fond.
En effet, tout commence d'abord par le changement de l'acteur de l'antagoniste principal : Grindelwald. Mads Mikkelsen à la place de Johnny Deep. Pour ma part j'ai trouvé ce premier très convaincant, mais son style tranche avec la folie de Deep. Nous avons ici un mage dangereux, froid, calculateur au style scandinave, proche finalement de ses origines. La relation qu'il entretient avec Dumbledore est intéressante. La scène initiale d'ailleurs pose le décor et ose une révélation très forte : une relation homosexuelle entre les deux plus brillants sorciers de leur temps, et qui ont fait des choix différents. Mais, passée cette révélation, on en sait que trop peu, notamment sur les motivations politiques de Grindelwald, et sa haine viscérale des moldus, que rien ne justifie. Si le film revient même sur la séparation de Dumbledore et de Grindelwald, autour de la mort de la soeur du premier, on ne voit pas en quoi cette tragédie mène et conduit Grindelwald à devenir raciste et ultra violent. Reste que le personnage est un peu plus intéressant que cela tout de même, car il ne considère aucun sorcier comme son ennemi et il apparait être relativement sensible et très habile politiquement et humainement. Pourtant, c'est peu mis en avant et c'est bien dommage.
Sa violence en effet apparait de façade. Il est un assassin de moldus, mais on sait peu de ses crimes, le second volet, sensé revenir sur ces derniers n'ayant que peu montré lui aussi le caractère ultra criminel du personnage. Et là, ce n'est pas qu'un simple problème de production, qui ne saurait excusé les problèmes de montage et d'écriture de ce film.
Il y a en réalité un changement de ton dans le personnage et donc le film. Le film ne sait pas où il est à ce titre : parfois très enfantin, et naïf, parfois très politique et sombre. L'intrigue complexe, tranche avec le simplisme, parfois, des scènes proposées.
Autre problème lié à la fois au contexte de production et à l'écriture : Ezra Miller alias Croyance alias Aurelius Dumbledore. On ne voit que peu l'acteur, en disgrâce. Mais au-delà de cela, on comprend mal ses positions, son rôle, ce qui le ronge. Son acolyte, Nagini, personnage intéressant dans le second volet, a quant à lui totalement disparu, comme Tina Goldstein, sensée être la future épouse de Norbert Dragonneau. L'actrice aurait eu le Covid. Quoi qu'il en soit l'excuse pour ne pas la montrer dans le film est fumeuse : elle aurait trop de travail au ministère de la magie. A la place, un nouveau personnage plutôt sympa, mais magizoologiste également. Certains personnages disparaissent quasiment ou sont vidés de leur substance comme Yusuf Kama dont on ne comprend pas les motivations une fois de plus, comme si l'épisode précédent n'avait servi à rien. Les relations aussi évoluent peu : pas d'amour entre Tina et Norbert, alors que c'est visible depuis le premier épisode, pas de nouveau lien entre Norbert et son frère, comme si le malheur vécu précédemment n'avait rien changé entre eux...
De même, on voit finalement peu de pays, sensé être l'intérêt de chaque film. Il était prévu d'évoquer le Brésil, on le voit quelques secondes au final. Le Bouthan n'apparait que quelques minutes dans le final également. L'intrigue se ressert autour de Poudlard et de l'Allemagne et Nurmgard, le bastion de Grindelwald.
Bien sûr on apprend des choses, la vraie identité de Croyance, fils d'Alberforth, et cela aurait pu être très touchant si Croyance était consistant. Alberforth jeune, par contre, est plutôt convaincant. De même le lien Dumbledore/Grindelwald est en soi passionnant mais trop expéditif, il y a trop peu d'émotions, d'échange, de background, pas même un flash-back. Les révélations comme dit plus tôt sur le sort d'Ariana, obscuriale elle aussi, comme Croyance, étaient évidentes et importantes mais au final, c'est expédié.
Exemple de ces problèmes d’écriture : le premier ministre allemand accepte de lever les poursuites à l’encontre de Grindelwald. On comprend que son ministère est infiltré par le mage noir et ses partisans mais on ne sait rien d’eux et rien du contexte. Il en est de même pour les motivations de l’antagoniste comme vu plus haut. A un moment, Jacob, en colère, le pointe avec sa fausse baguette. Grindelwald l’accuse de tentative d’assassinat. Or Jacob est un moldu. Cet acte sert donc la propagande haineuse du mage noir contre les moldus. Mais ça, c’est le sous texte, très difficile à cerner, alors que c’est essentiel.
Et ce dire que c'est expédié alors que le film fait deux heures trente et se permet de développer des sous intrigues peu intéressantes comme celle de Kowalski, qui se voit offrir une baguette et ne sert à rien, tout comme la scène de la prison qui n'apporte de développement sur la relation entre Norbert et son frère. Norbert justement n'est qu'un faire valoir avec ses créatures pour faire avancer l'histoire mais c'est Dumbledore le coeur de l'intrigue. Et le scénario inventé même une nouvelle créature pour justifier l'intrigue, ce qui est tout de même très surprenant, un animal fantastique très puissant et connu qui ne se retrouve pas dans l'ouvrage éponyme à l'origine du film !
La magie elle aussi pose problème : les combats sont mous, les protagonistes trop puissants, tout en manquant de spectaculaire. On utilise à l'extrême le transplanage jusqu'à se combattre en dehors du monde. Ainsi, les affrontements se déroulent en pleine rue, sous les yeux des spectateurs sans le moindre dégât, un pouvoir très excessif, qu'on avait jamais vu jusqu'à là et qui n'est pas expliqué. Le reste est finalement assez peu magique, à part une ressurection de créature par Gridenwald.
Il en résulte donc un film bancal, mal construit, mal mené, parsemé d'accidents industriels mais aussi d'incohérences d'écritures et de problèmes de rythme et de montage qui dépassent le simple contexte de la crise. L'ensemble est fade, sans panache, sans folie, sans fantaisie, si ce n'est quelques scènes sympathiques, au début notamment. Un film qui ferme des portes, comme s'il s'agissait du dernier de la série (pourtant prévue en cinq films) sans vraiment apporter de grandes réponses ou choquer par ses révélations, un film de personnages, comme le précédent volet mais mal ficelé en somme. On croirait le dernier volet d'une trilogie très bancale.
Et c'est là qu'il nous faut revenir sur la crise des studios. Peu d'originalité. Ici la bonne idée d'un couple homosexuel maudit et séparé par des choix moraux et politiques est bâclée. Le reste est convenu. Peu de planification. Les aléas de la pandémie ont brisé les attentes des studios mais rien n'était préparé. On a le sentiment que les sagas sont écrites au fur et à mesure et ajustées selon des curseurs marketing et non scénaristiques. On l'a vu avec d'autres franchises, notamment la postlogie de Star Wars. Mais avec JK Rowling et son talent à la plume, on était en droit d'attendre une certaine qualité d'écriture. Il n'en est rien. Le monde magique s'affadit, se banalise, perd de sa saveur, comme s'il fallait essorer les univers de l'imaginaire, dans un monde réel déjà fatigué et exsangue. Faites nous rêver et écrivez de bonnes histoires, sortez de vos tableurs et vos polémiques sans intérêts. Que la fiction, la vraie, revive. Lumos !