Voilà le genre de thriller dont je suis friand ! Une sorte de plaisir coupable aiguisé et diabolique où le quotidien de personnages comme vous et moi s'enfonce progressivement dans les abysses. Librement adapté du roman suédois Trahie de Karin Alvtegen, Marc Fitoussi réussit son entrée dans le monde du thriller grâce à un scénario classique mais intelligemment mené. Les ombres d'Alfred Hitchcock et Paul Verhoeven se profilent au détour de rebondissements et autres moments grinçants où l'irréparable se fait la malle. Lent à démarrer, Les apparences prend le temps de mettre en place ses pions et son contexte. En effet, ce rythme posé permet de dépeindre et d'analyser un milieu bourgeois d'expatriés français, socialement influent et actif au sein de la capitale autrichienne de Vienne. Le soucis de perfection est intrinsèque à leur mode de fonctionnement, tout comme une certaine mesquinerie, jalousie, hypocrisie et médisance... C'est donc sous un angle très psychologique que l'on observe un couple se détruire, interprété brillamment par la grande Karin Viard (désormais abonnée aux rôles de femme extrême !) et Benjamin Biolay. Le déroulement est malin, étonnant et plutôt haletant. On pense deviner la suite mais pour ma part, je me suis fait avoir plus d'une fois, et c'est savoureux. Avec la thématique de l'adultère, Les apparences révèle le moisi sous le tapis d'une société où l'emballage se veut plus important que son contenu, et ceci, tout en abordant les questions des dangers des nouvelles technologies, des héritages familiaux et des vices qui se cachent derrière une quelconque renommée. Les partitions sont particulièrement subtiles, complexes et interessantes à décortiquer, prouvant bien que la direction d'acteur est de haute volée ! Ce n'est peut-être pas un chef-d'oeuvre immanquable, mais ça fait du bien de revoir un polar envoutant, délicieusement amoral et cynique, au cinéma !