Mini rétrospective Hitchcock personnelle et donc mini chroniques !


The lodger alias Les cheveux d'or est une pièce de cinéma pendant longtemps rarissime et introuvable qui n'a ressurgi ces dernières années que grâce à une restauration exemplaire.
Il faut dire que le film date de 1927 et comme souvent, les films du passé de cet âge nécessitent une conservation et un traitement pour leur donner une seconde vie. Les cinéphiles ne sont pas sans savoir que bon nombre de films des débuts du cinéma et d'avant la seconde guerre mondiale sont d'ailleurs introuvable et dorénavant perdus. Or cette "ressortie" est inespérée parce qu'elle témoigne de la naissance déjà d'un grand auteur et de sa pratique d'un média qui n'en est encore à ses balbutiements mais où déjà "Hitch" fait des merveilles.


Bien qu'inspiré par la trajectoire de Jack L'Eventreur, l'histoire est relativement basique, voire simpliste quand on connaît le Maître du suspense (qu'on verra par la suite franchir allègrement des sommets) mais sa mise en scène l'est beaucoup moins. En effet, le gros Alfred va utiliser tous les procédés du muet et les mettre à disposition constamment de son récit, combinant en cela trouvailles scénaristiques et mise en scène.
Et là ça devient merveilleux (pour ne pas dire jouissif, si, si).


Ainsi de ces cartons où le signifié devient régulièrement le signifiant, l'inscription d'un bar brillant en enseigne lumineuse sur fond noir, un nom travaillé comme un logo (d'une certaine manière quelque part la préfiguration de son travail à venir avec Saul Bass aux génériques).


Ainsi de ces plans parfois expressionnistes où le cinéaste imprime un barreau sur le visage de son prétendu assassin en se servant de l'ombre et qu'elle signifie une croix pour témoigner d'un quelconque remords.


Ainsi des tons lumineux de la pellicule qui, comme dans bien des films muets, témoignent du jour et de la nuit, voire, plus étrange et bienvenu, d'un état émotionnel (la couleur rose-violet du final pour signifier l'amour).


Ainsi de ses surimpressions quasi-oniriques qui servent autant à mettre un personnage que le spectateur sur une piste. N'oublions pas ici l'accompagnement musical de Nitin Sawhney, parfois surprenant mais à la hauteur, fascinant de bout en bout.


Enfin le cinéaste n'hésite pas à saupoudrer son film d'un érotisme léger bienvenu. Une constante de son cinéma qui lui permit d'ailleurs utilisée plus tard par ruse de contourner la censure (qu'on pense au "baiser" des Enchaînés ou aux métaphores sexuelles sur La mort aux trousses où les spectateurs de l'époque n'étaient d'ailleurs pas dupes et se régalaient activement contrairement aux censeurs).


Bref, comme souvent chez le cinéaste, une oeuvre à voir diablement intéressante même si il ira encore plus loin très vite dans les années à venir...


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Et première partie de cette mini rétrospective ici avec L'homme qui en savait trop, première version : https://www.senscritique.com/film/L_Homme_qui_en_savait_trop/366228

Nio_Lynes
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le 23 mai 2020

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