Il serait peu dire qu'il y a eu une grande part de déception quant à la sélection officielle du Festival d'Annecy. On pouvait légitimement souffler du nez face à une compétition officielle intégralement constitué de films français, belge ou japonais qui reprenait quasi intégralement la sélection officielle du Festival de Cannes pour le meilleur (Arco, Amélie et la métaphysique des tubes) et surtout le pire (Marcel et monsieur Pagnol, La mort n'existe pas, Planètes), et une uniformisation des techniques d'animation assez inquiétante. La seule exception reste Olivia et le tremblement de terre invisible, représentant de la stop motion cette année en compétition officielle, qu'il me tarde de rattraper. Mais le plus surprenant reste la compétition contrechamp qui a réservé de sacrés surprises, notamment les débuts d'un réalisateur dont j'attendais fébrilement les débuts en long métrage: Jean Claude Rozec. Je pense que c'est le tout premier réalisateur dont j'ai retenu le travail, avec son court métrage Cul de bouteille, alors que je ne m'intéressais pas plus que ça au cinéma, et que je n'étais même pas au collège. Sans m'en rendre compte, j'ai recroisé sa route avec Têtard, un court métrage poétique et dure qui approfondissait une fascination sur le rapport au monde qu'entretiennent les enfants, et la métamorphose du corps qui en découle. J'avais alors hâte de voir Les contes du pommier... à un détail près. En effet, le film n'est pas un film de Jean Claude Rozec à proprement parlé. C'est un assemblage de courts métrages réunis autour d'un récit global, chaque courts métrages étant réalisés par différents réalisateurs de nationalités divers, et il est clair qu'on peut avoir quelques réticences quant à ce postula qui se vérifient dans le résultat final.
Animation est assez épars entre les courts métrages. On a des plans laissant entrevoir les séparations entre la mâchoire et la marionnette, des bouches détachables où l'on voit les traces de manipulations, des trous dans le creux du nez créés par une mauvaise installation de la mâchoire... et on sent très vite un résultat assez inégale. Mais en même temps, le film déploie une réalisation passionnante qui n'hésite pas à rentrer dans le récit et à proposer des mouvements de caméra fluides alors que c'est de la stop motion. Les séquences générales avec Jeanne (réalisés par Jean Claude Rozec) sont excellemment animées avec une très belle incarnation des corps et des personnages, et de très belles idées visuels à base de vidéo projection à même le décor pour donner du volume et un réalisme à l'ensemble.
Le plus gros souci du film reste son écriture, notamment celle de ces contes et de leurs conclusions. On a ce sentiment amer de suivre des histoires chacune intéressantes à leur manière (que ce soit dans la manière de créer une multitude de couches d'imbrications avec la seconde histoire ou la manière dont le ton peut rapidement trancher et aller vers du cinéma de genre et l'horreur avec la première histoire) mais qui n'arrivent jamais à trouver de chutes satisfaisante, voire même trouver une chute tout court. On peut se dire que c'est en parti dû au fait que c'est une enfant qui raconte l'histoire pour des enfants, mais cela relèverait presque de l'excuse pour ne pas aller jusqu'au bout de ce que l'on propose. On ressent beaucoup trop la nécessité de devoir conclure au plus vite (alors qu'on aimerait presque s'attarder d'avantage dans chaque récit) et d'éviter d'ennuyer le spectateur, chose que le film ne fait jamais vraiment. On a alors la frustration de n'avoir qu'une moitié de développement, que ce soit dans les contes ou dans l'histoire globale, où l'on aurait aimé cinq à dix minutes en plus dans chaque récits pour avoir quelque chose de peu être plus lourd, mais qui permettrait de conclure au mieux tout ce que le film propose.
Malgré tout, Les contes du pommier se révèle être un film cohérent, sincère et profondément touchant. Chaque maladresses donnent une impression de lâché prise et d'authenticité qui, couplé au contexte et aux différents récits, peut que toucher et nous emporter.
14,75/20
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