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Plaise à Dieu
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le 20 oct. 2025
Amateur de films portant sur la question de la foi, pour des raisons de similarités avec mon parcours de vie personnel, j'ai beaucoup apprécié l'étude de cas proposée dans ce film basque.
Toute la tension que construit le film résidera dans le fait d'essayer de se demander comment l'on est censé mesurer la véracité d'un engagement reposant par définition sur quelque chose d'impalpable et d'anti-empirique comme la foi, avec quel outil, quelle aune, par quels moyens.
L'héroïne perçoit-elle des messages de Dieu ? Est-elle manipulée par un entourage de directeur spirituel et autre mère supérieure se distinguant tout particulièrement dans le film par leur formidable ambiguïté de guide qui veulent donner l'air de ne pas y toucher ? A-t-elle besoin de simplement rejeter la dysfonctionnalité de sa famille moyenne-bourgeoise recomposée qui se déchire pour des questions d'argent ? Est-elle une femme qui ne se sent exister qu'en donnant et qui par là a trouvé dans cet engagement spécifique une façon de vivre ?
On pourrait multiplier assez longuement la formulation de ces questionnements auxquels le film ne se contente pas seulement de ne pas répondre à dessein ; il va au contraire multiplier les flous, les masques, les faux positifs, les signes contraires, les effets de montage confusants pour nous faire pencher tour à tour entre ces différentes interprétations possibles d'une protagoniste qui demeure dressée au milieu du film et centre de toutes les attentions comme un personnage bien complexe à cerner.
Globalement le film marche extrêmement bien parce qu'il envoie des signaux partout et tout le temps qui poussent l'esprit analytique à vouloir trier de l'indice pour répondre au problème soumis. Il y a typiquement un travail du vêtement et une vraie poétique du pantalon tailleur taille haute dans le film qui sert presque de marqueur de transition entre des postures politiques et philosophiques. La réal' a une manière de jouer sur les caches, les obstructions fausses du champ (comme le couvent qui est souvent cadré comme une demi-prison, on voit de la fermeture partout mais la caméra est orientée et circule de manière à nous faire comprendre que le tout demeure franchissable si on le désire) qui mettent constamment l'esprit en branle. Le film a réussi à me faire aimer une technique que je ne supporte pas trop d'ordinaire, des dialogues en champ contrechamp avec une très faible profondeur de champ. La qualité de leur écriture et la pesanteur des mots lâchés, dans un film qui globalement utilise très peu la musique et souvent à contre-emploi (comme le montage d'une soirée de jeune en club avec des chants religieux par-dessus), m'a conquis.
Finissons rapidement par dire que le film a également le double mérite d'être très bien interprété : la comédienne qui joue la tante de l'héroïne, une espèce de girl boss un peu masculine dans sa mise même si très femme et principal obstacle au vœu de sa nièce, est exceptionnelle dans son glissement progressif, les religieux du film sont inquiétants d'une bonhomie froide et presque effrayante dans sa bienveillance d'araignée, et donc également de mettre en valeur l'identité basque par les patronymes, la culture, le rapport assez double à la langue et à la tradition.
Bref c'est super, encore un gros titre du ciné européen qui vient s'offrir à nous en ce début d'année, et je pense même plus généralement qu'au-delà de son sujet premier le film a une manière importante de discuter l'incompréhension que suscite chez nous spectateurs plus âgés le désir d'une jeunesse avec laquelle on ne sait pas toujours composer.
Je suis prof de lycée, je taf tous les jours avec 150 élèves du même âge plein d'aspirations que je ne comprends pas forcément ou pas toujours, ce genre d'oeuvres est salutaire.
Allez faire un saut au ciné si vous avez le temps même si niveau distri ça va se compliquer, le film étant sorti depuis deux semaines je crois.
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