Vraiment un Mocky particulier, d'ailleurs si j'avais vu le film sans savoir qu'il en était le réalisateur, je ne sais pas si j'aurais parié sur lui tant Les dragueurs fait penser, de prime abord, à tout sauf à son cinéma. Pourtant, à bien y réfléchir dans un second temps, l'acidité de son propos rappelle cette verve radicale qui irradiera par la suite l'intégralité de son cinéma.
Chouette film, et ce même si quasiment tous ses personnages, hommes et femmes compris, y sont d'une antipathie triste.
Aznavour est le seul qui semble être un bougre standard mais le trait qui définit son profil psychologique est un peu trop forcé. Je comprends qu'il est souhaité être l'opposé complet du dragueur sur lequel il compte pour trouver sa promise, mais c'est un peu too much.
M'enfin, ça permet à Mocky de dérouler sa réflexion qui consiste à essayer de comprendre ce qui fait que les relations hommes/femmes sont si complexes qu'on a beau essayer de trouver un logique qui les définisse, c'est peine perdue — ne croyez même pas ceux qui s'aventurent à localiser les premiers sur Mars et les secondes sur Venus, ils n'y comprennent rien non plus —.
Ce n'est pas moi qui le contredirait, je suis à des années lumières du spécialiste blasé qui enchaine les demoiselles dans son film, et pas aussi benêt — enfin je l'espère — que l'idéaliste naïf qui l'accompagne, mais je concède être aussi paumé que lui sur le sujet.
Si je sors de la séquence pas plus avancé, j'ai toutefois apprécié de découvrir un Mocky des débuts sérieux, bien shooté (surprenant d'ailleurs, de très beaux plans, un noir et blanc classe, franchement propre) et vraiment plus carré que le reste de sa filmo.
Et si, comme je l'écrivais en intro, on est tenté de se dire que c'est un film à part venant de lui, finalement, à bien y réfléchir, on y trouve ce qui définira bon nombre de ses réalisations, à savoir un rapport de force toujours sur un fil tendu entre hommes et femmes ainsi qu'une verve critique qui n'y va pas par quatre chemin, qui habiteront pas la suite son œuvre, sans oublier une certaine science du malaise : le passage étrange avec la jeune femme à peine sortie de l'adolescence qui cherche ses premières expériences lui ressemble terriblement.