Un film assez étrange... Il est parfois difficile de suivre le fil de cette succession de "vignettes" : comme dans les souvenirs qu'elles décrivent, rien n'est chronologique, on passe sans cesse d'une époque à une autre, opérant des sauts temporels de plusieurs décennies dans le futur ou dans le passé, chaque séquence mettant en lumière un personnage ou l'autre. Même si chaque époque est rattachée à un aspect visuel propre (traitements différents des couleurs ou du grain de l'image) et que l'ensemble est ponctué de leitmotivs sonores, cela n'aide qu'assez peu le spectateur à s'y retrouver. Les destins des personnages et les liens entre eux ne sont parfois qu'esquissés et l'ensemble, assez clinique, nous garde à distance - seule la voix off apporte à l'occasion clarté et chaleur. Ce flou permanent ne permet cependant pas de douter d'une chose : tous ces souvenirs ramènent inévitablement à la douleur (de la mutilation, de l'inceste,...) et à la mort. Rien de bien réjouissant donc : la mémoire n'est jamais vue comme un refuge rassurant, mais comme une évocation toujours vivace des souffrances passées - elle confirme le présent et l'inéluctable dénouement de chaque existence. Ainsi, même si ce film montre une belle originalité formelle, son discours labyrinthique et très sombre peut facilement déplaire ou mettre mal à l'aise.