Tout ou presque est dans l'affiche. Car il est un monde distordu, des climats austères, une société nourrie au grain de l'oppression. Il est à voir cette peinture. Et des générations de femmes rabattues d'esprit et de corps, ravalées dans ce bas mot de condition. Et s'il est un homme, souvent jeune, qui osait se dresser contre cet état de choses, en Prusse orientale, on pouvait lui briser impunément les jambes...Le faire taire, à tout prix.


Le projet de Mascha Schilinski est nourri, étoffé, référentiel, il est une somme. La rage s'en mêlant. Il est conscient de toute historiographie, il rend d'abord hommage à ses aînés, l'oncle Haneke n'est pas loin, celui du Ruban blanc notamment. Il ne part pas d'une colère aveugle, encore une fois il s'est nourri. De peine, mais sans haine. A ce point qu'il avance doucement mais sûrement dans son propos. Et Mascha Schilinski trouve ainsi sa liberté d'autrice, de correspondance en correspondance, de génération en génération, elle brise à sa manière le silence pesant d'un siècle de souffrances.


Nous voyageons ainsi du début 20ème très probablement, jusqu'à nos jours. Et les traumatismes ne s'additionnent pas seulement, ils se tiennent, ils se répondent, je dirais même qu'ils se soutiennent. Une longue chaîne se forme, sans origine, sans mouvement propre sans autre nature qu'un mal enraciné, diffus, omniscient. L'oeil et la caméra de Mascha l'encaisse et le subjective magnifiquement. ..ou bien malheureusement pourrait on dire car nous ressentons une peine grandissante, nous sommes ainsi progressivement submergés par le malheur.


Le temps que la mort s'installe est un souffle lent, il faut pouvoir goûter tout ce que les tares et les systèmes inhérents produisent impunément depuis des lustres. J'emploie ce terme de malheur sans autre sentiment que le ressentir, car l'oeuvre est belle et profonde à défaut d'être fière. Digne écriture pour des impressions savantes. Mascha Schilinski travaille en peintre, en photographe, elle colle, elle monte, elle apprête, elle dégrade, elle brosse délicatement, compose, et nous nous chargeons avec elle d'une incommensurable peine.


Nous sommes à genoux en fin de projection, faut-il le dire...Nous aurons été projetés, voyageurs immobiles, mais sensibilisés, chauffés à blanc, nous aurons été très progressivement sidérés, ce qui est presque un oxymore tellement le film infuse dans toute sa longueur. D'aucuns se réfugieront dans l'incompréhension, arguant qu'ils ont passé leur temps à se raccrocher aux branches, à tenter de se repérer. Ceci en méprisant presque leur propre intelligence, celle du coeur tout du moins, car tout est clair, tout est si clair que c'en est une pitié. Les échos du passé sont ceux du remugle, il n'y a rien à rajouter, les crimes sont là, et ils sont édifiants.


De disparitions en disparitions, de maltraitance en maltraitance, de tous ces viols répétés en agressions maquillées, les femmes survivent, un vent violent continue de secouer, l'impression règne d'un malheur séculaire, et nous resterons alors sur cette image incroyable du dernier plan, qu'un jour peut être nous pourrons les voir s'envoler... Merci Mascha.


ianov
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le 14 janv. 2026

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ianov

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