Quatre jeunes filles à quatre époques différentes (de 1910 à nos jours), dans une même ferme de l’Altmark, région du nord de l’Allemagne à la frontière RDA-RFA avant la chute du Mur.

Ici pas de récit linéaire, les quatre époques s’entremêlent ; on remarquera cependant que la plus ancienne de ces époques (début du 20ème siècle) est la plus prégnante dans le film, c’est cette époque à laquelle se réfèrent les trois autres. Elles y font écho (le titre français peut se justifier ainsi) dans la mesure où il y a certaines répétitions des scènes et des sons. On retrouve également de la résonance d’une époque à l’autre, ainsi cette vibration d’images floutées. Plus simplement, on parlera d’interaction entre les personnages féminins, entre leur destin, ou d’effets de miroir avec des scènes reproduites presqu’à l’identique (le doigt dans le nombril). A noter que plus on se rapproche de l’époque actuelle et plus les scènes s’amenuisent comme un ricochet sur l’eau.

Un film à ricochet mais dont il est difficile de suivre le fil : ainsi en est-il des filiations exactes des personnages entre les époques. J’avoue m’être perdu au point de n’avoir pas su délimiter exactement les quatre histoires des quatre jeunes filles, l’une d’entre elles, la dernière, m’ayant échappé

(pourquoi se jette-t-elle du haut de la grange ?).

Non pas que cela pose un problème sur le plan narratif, celui-ci a été délibérément brouillé par la réalisatrice…

Ce film est captivant à plus d’un titre : une photographie travaillée qui induit mélancolie (ou tristesse diffuse) et morbidité (présence de la mort et des fantômes). Le montage des histoires emmêlées est savant et donne le tournis, surtout pour celui qui chercherait à reconstruire la narration dans l’ordre chronologique (je conseille de voir le film deux fois, au moins, pour retisser tous les liens, si c’est possible).

Film faisant appel aux sens plutôt qu’à la raison, il convient de souligner l’importance de la bande-son (le titre original étant après tout « Sound of Falling » ; j’avoue que le titre allemand me laisse muet « In die Sonne schauen », en regardant le soleil…).

Pourtant le soleil ne brille guère dans ce film. Austérité et absence de couleurs vives, sépia et gris-souris, morbidité et étouffement des sens sont le quotidien de la première époque qui tend, je le répète, à se répandre sur les autres.

Cette mortification et piété toute protestante nous ramènent (beaucoup de critiques l’on noté) au « Ruban blanc » de Michael Haneke mais aussi aux familles danoises du « Festin de Babette », même renoncement au plaisir.

A noter aussi l'importance de la rivière dans ce film : elle est la limite, le lieu de l'immersion, de l'oubli, de la mort, mais aussi le lieu du passage. On peut songer à Héraclite : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Mais ici le propos n'est pas, «tout se défait et se fait constamment malgré les apparences »., ce serait plutôt : « tout se défait et se refait constamment malgré les apparences ».


Au final, tenants et adorateurs de récits linéaires et autres adeptes du « prémâché » abstenez-vous. Ce film demande une bonne disposition et, je pense à la scène finale, il faut pour apprécier ce film, se laisser porter par les vents contraires pour décoller du terre-à-terre qui nous gouverne tous un peu.

philipperbs
8
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le 3 févr. 2026

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Philippe Erbs

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