Qui est le film ?
Après Les drapeaux de papier et Toni en famille, Ambrosioni poursuit son exploration du lien mais celui-ci s’ouvre sur une disparition : Suzanne quitte ses enfants et sa sœur Jeanne, un matin d’été. De ce postulat, Ambrosioni cherche surtout à cartographier la lente sédimentation de son absence. À travers Jeanne, femme libre rattrapée par une responsabilité qu’elle n’a pas choisie, le film observe comment une existence autonome peut, en un instant, redevenir traversée par des contraintes.

Par quels moyens ?
Ambrosioni choisit de débuter par la catastrophe pour scruter l’après-coup. Ce déplacement révèle un cinéaste intéressé par la texture des jours. Le film se déroule dans ce moment suspendu où la réalité se défait légèrement, où les habitudes reprennent mais contaminées d’un soupçon d’irréalité. Ce que vit Jeanne, c’est la nécessité d’endosser un rôle qu’elle n’a jamais voulu. La maternité surgit ici comme une responsabilité exogène imposée par le destin plutôt que choisie. Son cheminement n’est pas celui d’une rédemption, mais d’une reconstruction pragmatique : apprendre à faire avec. En cela, Ambrosioni propose une version profane du maternage : un amour sans idéalisation, un attachement qui ne guérit rien, mais qui maintient trois mondes debout.

La disparition de Suzanne (Juliette Armanet) met en évidence une réalité du monde contemporain où l’on peut choisir de disparaître. En France, quatre à cinq mille adultes s’effacent chaque année volontairement. Ce chiffre, anodin dans sa froideur statistique, devient chez Ambrosioni la matière du récit. Disparaître, c’est ici, refuser la place assignée, la maternité, la précarité, les rôles prescrits par la société. Mais ce choix de liberté devient un acte de violence collatérale.

Camille Cottin trouve ici une vérité de ton bouleversante : fatigue, culpabilité, tendresse, refus s’y mêlent sans emphase. Face à elle, les enfants (Manoã Varvat et Nina Birman) incarnent une forme de résistance naïve : ils cherchent, dans les mots et la routine, à réparer l’absence. Ambrosioni filme les enfants comme des corps amputés, ce qui rend les émotions d’autant plus tangibles.

Le titre, “Les enfants vont bien”, désigne moins une affirmation qu’un acte de résistance linguistique : se persuader que tout ira bien, malgré la perte. Derrière cette phrase, il y a le mensonge nécessaire des adultes, ce petit déni qui permet de survivre. Ce n’est pas tant que “les enfants vont bien”, c’est que l’on doit croire qu’ils vont bien pour ne pas sombrer.

Mais Les Enfants vont bien laisse néanmoins l’impression d’un film dont la mise en scène n’existe qu’à l’état d’esquisse, réduite à un académisme appliqué qui illustre plus qu’il ne pense. La grammaire déployée demeure plate, sans nécessité interne, comme si chaque plan servait uniquement à porter un dialogue déjà sur-écrit, trop conscient, trop désireux d’expliquer ce que les gestes et les regards auraient pu suggérer. Certaines lignes narratives sombrent dans une naïveté presque désarmante et le récit s’alourdit de séquences superflues qui étirent la progression émotionnelle.

Quelle lecture en tirer ?
Les enfants vont bien parle du réapprentissage du lien. Il ne s’agit pas de surmonter l’absence, mais d’apprendre à vivre avec. C’est un cinéma de l’après et du battement continu. Et s’il reste parfois trop sage, il n’en demeure pas moins d’une grande justesse. Dans ses failles et ses retenues, Les enfants vont bien nous rappelle qu’aimer, c’est parfois simplement tenir malgré l’absence, continuer à dire que “tout va bien” pour que, d’une certaine façon, cela le devienne.

cadreum
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le 10 oct. 2025

Modifiée

le 5 déc. 2025

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