Tout en retenue et finesse, Les fantômes surprend dans une production française généralement pas aussi ambitieuse. Le film ne cède jamais à la facilité d'effets dramatiques qu'il aurait pu coller à tous les étages s'il avait voulu être tape à l’œil. Au contraire, il maintient un niveau de distance salvatrice qui lui donne son identité propre, et lui confère une certaine classe.
On peut cependant regretter que le personnage principal soit si désincarné. C'est bien le but du film vu son titre. D'ailleurs, les morts qui hantent les protagonistes ne sont pas les seuls fantômes. Les personnages eux-mêmes paraissent autant morts que vivants.
Mais si on comprend parfaitement les raisons du caractère désincarné du personnage principal, son inaptitude totale à communiquer s'accorde mal avec la mission qu'il s'est assigné, et le rend finalement peu crédible en dépit que le film annonce s'inspirer de faits réels. On pourrait penser que pour traquer un criminel de guerre, il faut être totalement maître de ses émotions, a fortiori quand le boulot consiste à côtoyer le suspect de très près. Évidemment, on ne peut pas le garantir n'ayant jamais eu à vivre cela, mais tout de même...
Au niveau de la forme si on veut titiller, on peut donc regretter un ventre mou de quelques scènes dû justement à l'état psychologique de son personnage principal, état sur lequel le film insiste peut-être trop. Mais il ne faut pas bouder son plaisir, Les fantômes est largement prenant et maintient l'intérêt tout du long.