Les fantômes éponymes sont ceux du passé, des victimes, du bourreau. On navigue à l’aveugle, en se basant sur des sons et des odeurs, en balançant entre une envie de justice et un désir de vengeance, coincé entre le traumatisme et la possibilité d’une issue. Alors Hamid, aux multiples alias et origines, file sa proie, elle aussi plurinominale, à travers des espaces vidés de leur fonction première, sans qu’aucune accroche au monde présent, celui des vivants, ne perturbe sa mission. Hamid, comme les autres victimes du régime d’el-Assad, est hanté autant qu’il hante, et si la réfugiée Yara ou les auxiliaires en charge de son intégration tentent tant bien que mal de le sortir de sa tombe, le regard final enterre cette possibilité, celle de se reconstruire.
Le premier film de Jonathan Millet fait dans la retenue, présentant une unique traque anti-spectaculaire. On fait le planton à un coin de rue, on épie entre des livres, on fait les cent pas en écoutant des enregistrements audios éreintants. Jamais on ne bascule dans une mécanique d’action revancharde, jamais on ne lève le ton, car jamais on ne laisse l’émotion prendre le dessus, celle-ci ayant disparu dans les limbes d’un passé volé.
Les Fantômes, derrière son âpreté, dévoile la vérité au compte-goutte d’un thriller paranoïaque réussi, qui laisse la part belle aux effacés de l’Histoire, ceux que l’on a tenté d’ensevelir par la barbarie. Une approche quasi-documentaire où flottent les personnages en quête de justice.