Robert Enrico signe avec Les Grandes Gueules un film d'aventure viril et passionnant, s'imposant comme un véritable "westernvosgien". Il met en scène l'affrontement entre l'idéalisme d'Hector Valentin, magnifiquement interprété par un Bourvil touchant dans un registre dramatique, et le pragmatisme violent de Laurent Dannecker, incarné par un Lino Ventura au sommet de sa forme.
L'histoire, tirée du roman de José Giovanni, nous plonge dans l'univers âpre des scieries des Vosges où la survie est un combat quotidien. L'alchimie entre les deux géantsdu cinéma français est le moteur émotionnel du film et la galerie de "gueules" (Michel Constantin, Jess Hahn...) apporte une force brute indéniable. Les paysages vosgiens, superbement filmés, confèrent au récit une atmosphère unique et un dépaysement total. Le film excelle dans son exploration, rugueuse et sans concession, des thèmes de la loyauté et de la réinsertion des repris de justice.Les qualités
- Le duo mythique Bourvil/Ventura, dont la complémentarité est électrique.
- L'ambiance western transplantée avec succès dans la forêt française.
- La mise en scène musclée et l'action (notamment les bagarres) qui maintiennent la tension. Les défauts
- L'intrigue peut parfois sembler rude et sombre, manquant de nuances pour certains spectateurs.
- Le rythme n'est pas toujours constant, et le film connaît quelques longueurs dans sa partie centrale, tirant parfois sur les deux heures de durée.
- Certaines ficelles scénaristiques, notamment autour de la vengeance et de l'antagoniste Therraz, sont un peu simples et manichéennes.
- La fin, en particulier, peut frustrer les spectateurs par son côté abrupt ou par les décisions extrêmes et désespérées des personnages, ne laissant pas toujours l'impression d'une conclusion complète ou satisfaisante.
Conclusion : Malgré ces quelques faiblesses narratives et un dénouement qui choisit la brutalité plutôt que l'apaisement, Les Grandes Gueules reste un monument de son époque. Sa force réside dans son casting exceptionnel, sa réalisation énergique et sa capacité à transformer un drame social en un récit d'aventure palpitant. C'est un film qui parle de survie et de rédemption, un grand classique populaire qui mérite amplement d'être (re)découvert pour son côté rugueux et authentique.