La réussite des Grands esprits tient à l’extrême justesse avec laquelle il aborde le milieu scolaire, se saisissant d’un personnage principal à la fois extérieur à l’établissement – puisqu’il quitte le cinquième arrondissement de Paris pour la banlieue – et doté d’un savoir-faire, d’une expérience en matière d’enseignement. C’est cette position instable qui fascine dans la mesure où nous assistons aux secousses endurées par un intouchable ou prétendu intouchable, celui qui se plaisait à humilier, à rabaisser, à décourager.

L’ensemble du long métrage d’Olivier Ayache-Vidal se construit comme un miroir réfléchissant jusqu’à les rassembler les images du professeur et de l’élève, tous deux réunis enfin sur le banc lors de la fête de l’école et partageant un même statut – malheureux en amour. Pour y parvenir, le réalisateur joue sur les contrastes qu’il accentue de plus en plus : Seydou visite le château de Versailles, bastion de la connaissance et du savoir, François se rend dans la cité où vivent Seydou et sa tante ; les deux visites provoquent des incidents qui raccordent les personnages à leur position de marginalité au sein d’un espace culturel qui ne veut pas d’eux. Seule l’école apparaît comme le lieu d’un partage véritable puisqu’axé sur la confrontation, presque au corps à corps, entre deux milieux, deux trajectoires qui tentent de s’harmoniser avec en points de contact le savoir et sa transmission.

Deux excellents acteurs confèrent au film authenticité et chaleur : le jeune Abdoulaye Diallo est aussi amusant que touchant, Denis Podalydès incarne à la perfection ce professeur de français contraint de tenir parole, de mener à bien son engagement en le déplaçant depuis le terrain de la parole et des grands discours vers celui de la salle de classe, concrétisation qui révèle en creux les dysfonctionnements du système scolaire contemporain. Une œuvre immense, une réussite totale.

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le 4 août 2020

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