Fassbinder et ses titres... peut-être l'un des plus beau (et ce n'est pas peu dire). Fassbinder et ses microcosmes (dont nous avons ici l'un des plus petit). Les larmes amères de Petra von Kant est bien plus qu'un beau titre, c'est avant tout un beau film qui a deux qualités majeures plutôt utiles pour du cinéma, c'est-à-dire qu'il est très bien écrit et très bien mis en scène (un défaut, mais c'est peut-être juste moi, je n'ai pas été très ému par cette histoire, sans doute car je ne pouvais pas forcément le reconnaître dans un personnage de ce huis clos féminin).


Ce film c'est un peu comme une pièce de théâtre en cinq actes. On commence on expose les personnages, la situation de départ et puis le personnage qui semblait être anodin va prendre de plus en plus de place dans le film et dans la vie de von Kant qu'elle ne pourra plus se passer d'elle. Et honnêtement je la comprends, le personnage, l'actrice, sont magnifiques, un visage, un physique qui semblent être d'une grande pureté et la voir dire pour vexer von Kant qu'elle était avec un homme noir, avec une grosse saucisse noire contre sa peau blanche... ça fait quelque chose ! Une telle fille ne peut être comme toutes les autres, terriblement ordinaire... et bien si... elle l'est... elles le sont toutes... et c'est la séquence du film que j'ai adoré (dans le troisième acte), car j'arrivais à me sentir à la place de von Kant, à éprouver de l'empathie. Parce que tout ça c'est très vrai, cette passion qui naît pour une jeune fille qui ne fait qu'utiliser Petra von Kant, qui n'arrive pas à lui dire qu'elle l'aime, sauf si jamais elle se rend compte qu'elle a réussi à l'utiliser pour "grimper", elle qui n'était rien au départ.


Toutes les relations dans ce huis clos féminin me semblent très vraies, la femme qui explique très habilement qu'elle manipule son mari pour avoir le dernier mot (que dirait Schopenhauer ?), les tensions entre elles, les fausses amabilités...


Et puis l'attente du coup de fil, l'attente du coup de fil dans ce cadre magnifique, où Petra von Kant est allongée sur une sorte de moquette, devant une peinture murale d'inspiration romaine... ça en jette.


Faut dire qu'on a un film qui visuellement est juste sublime (comme souvent avec Fassbinder), mais quelles couleurs !


Bref c'est très bien, mais je n'ai pas pu rentrer vraiment dans l'histoire, sauf dans le troisième acte où la désespérance amoureuse semble assez universelle, mais ça reste une leçon de cinéma tant dans l'écriture, dans les rapports humains, que dans la mise en scène, dans la photographie, dans l'utilisation du décor, le tout pour faire un huis clos brillant et assez étouffant.


Avant de conclure j'aimerai juste parler du personnage de Marlene, que je trouve absolument génial, d'une dignité folle, avec toujours une sorte de regard sévère, qui sait encaisser les sautes d'humeur, l'hystérie de sa patronne... et puis au début du film on a cette scène de danse que je trouve juste sublime.

Moizi
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le 31 déc. 2015

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