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On pourrait croire à une blague potache : un type veuf qui installe des caméras pour surveiller des tombes. Mais non, Les Linceuls existe bel et bien, testament branlant d'un Cronenberg qui fait mine de disséquer la douleur et la technologie. À l'arrivée : une balade sous Xanax dans un cimetière numérique.
David Cronenberg – ce vieux loup malade du cinéma – semblait vouloir signer une élégie du deuil. Sauf qu’à force de trop polir son œuvre, il a poncé toute l’aspérité. Mise en scène chirurgicale (tiens, un comble), photographie aseptisée, cadrages tellement sages qu’on se demande si le chef op’ ne s'est pas égaré dans un tutoriel YouTube intitulé Comment filmer l'ennui en dix leçons.
Et Vincent Cassel dans tout ça ? Il se traîne, en mode avatar dépressif, incarnant Karsh, veuf techno-morbide et apôtre du regard vide. Chaque scène où il s'exprime, c’est comme attendre qu'un modem 56k charge une vidéo HD. Diane Kruger, en épouse numérique disparue, erre sans substance dans quelques souvenirs flous – un peu comme un fantôme qu'on aurait oublié d'invoquer correctement. Quant à Guy Pearce, il semble figé dans une boucle temporelle, perdu entre deux sourires gênés et trois regards appuyés qui n’en disent pas beaucoup plus qu’un chatbot d’entrée de gamme.
Le film, théoriquement, cause voyeurisme macabre, exploitation des données post-mortem, et perte impossible à solder. Mais dans la pratique ? C’est un bavardage existentiel, genre conférence TED d’un type qui a découvert Black Mirror hier soir et qui pense avoir tout compris à la Silicon Valley. Même chez les thanatopracteurs, on ferait preuve de plus de subtilité émotionnelle.
On ressort de Les Linceuls un peu comme après un mauvais repas de mariage : vaguement triste, vaguement gavé, vaguement indifférent. Où est passé le Cronenberg qui bousculait la chair et l’âme avec la grâce d’un chirurgien possédé ? Ici, on dirait plutôt un oncle fatigué qui vous envoie des PowerPoints sur "la vie après la mort" entre deux siestes.
Bref : Les Linceuls est à Crash ce que le tofu est à une entrecôte saignante. L’intention est là. La saveur, beaucoup moins.