Adaptation du chef-d’œuvre de Victor Hugo, « Les Misérables » s’inscrit dans une tendance des productions françaises (Canal+ dans ce cas-ci) à remettre en valeur les plus grandes références littéraires du pays. « Les Misérables » est un livre très long (près de 1 600 pages pour ce qui concerne le livre que j’ai lu), mais il me semble tout à fait possible (en tout cas plus que « Le Comte de Monte-Cristo ») de faire tenir l’essentiel de son récit dans une fiction de trois heures, tant le livre de Victor Hugo contient de nombreuses prises de position et explications dépassant le récit et pouvant être mises de côté lors d’une adaptation.
« Les Misérables », c’est avant tout un plaidoyer pour toutes les victimes de l’ordre social, pour tous ces pauvres gens méprisés, oubliés et laissés dans le désarroi qu’engendre la misère. Le film de Fred Cavayé réussit ce qui était, selon moi, l’essentiel : restituer l’opposition radicale des points de vue sur la nature humaine entre Javert et Valjean. L’inspecteur Javert (interprété par Tahar Rahim) exerce une apologie totale de l’ordre et a une vision manichéenne des choses, dans la mesure où il perçoit les rapports humains comme étant une opposition binaire entre les gentils et les méchants, sur laquelle le niveau social des personnes n’a pas d’influence. Jean Valjean (interprété par Vincent Lindon), ancien forçat que la misère a jadis poussé à un petit délit, est doué d’une vision sociale qui tend à démontrer que c’est la misère qui, généralement, pousse les pauvres au crime et qu’à force de générosité et de compassion envers eux (comme son parcours de vie en atteste), on éradique dans un premier temps la pauvreté, puis, mécaniquement, le crime. Cette opposition traverse toutes leurs interactions et les deux interprètes parviennent à transmettre justement leur caractère respectif ainsi que la force de conviction qui anime chacune de leurs actions, bien que je doive dire que j’ai été impressionné par la performance de Tahar Rahim, surtout dans sa représentation des tourments existentiels de Javert à la fin du film.
Je note aussi positivement la volonté de Fred Cavayé d’accorder une grande place dans le récit aux Thénardier, personnages que l’on adore détester et qui sont, au vu du sort qu’ils réservent à Cosette et de leurs nombreuses autres fourberies, une certaine incarnation du mal. Même si j’étais assez perplexe quant à l’idée de voir Benjamin Lavernhe incarner un personnage aussi détestable, force est de constater qu’il joue vraiment bien la partition du mari fourbe mais dominé par l’emprise de sa femme.
Pour ce qui est des points négatifs, le développement de la relation entre Cosette et Marius Pontmercy est à mes yeux un grand raté. La scène de leur première rencontre est assez consternante du fait de son manque total de subtilité et d’imagination dans son écriture. La suite de leurs interactions est d’une assez grande fadeur, tant elle réunit tous les poncifs de la relation entre deux jeunes adultes.
C'est un point négatif que j'anticipe lorsque je vais voir un film qui adapte un texte de cette ampleur et ce film-là n'y échappe pas : des personnages importants dans l'évolution du récit souffrent d'un manque criant de développement. Je pense en premier lieu à Monseigneur Bienvenu, qui aurait mérité plus de temps eu égard à l'importance cruciale qu'il a eue sur la rédemption de Jean Valjean. Je pense également à Fantine dont la vie dramatique aurait mérité plus de place sans parler du développement de Gavroche qui était dans le livre de Victor Hugo l'incarnation du « titi parisien » et qui dans ce film est réduit à un rôle sans épaisseur de larbin des Thénardier.
Autre point négatif majeur du film : la représentation de l'insurrection du peuple. La scène des barricades est franchement décevante. J'ai trouvé la mise en scène des combats assez bordélique et le tout assez peu spectaculaire ; ce ne sont pas non plus les innombrables mouvements de caméra utilisés qui me feront croire à une quelconque intensité dans l'action.