Trosième film d’Ali Abbasi après Border, c’était avec une certaine appréhension que je poussais les portes de la salle de cinéma étant donné que j’avais trouvé son second film extrêmement brouillon et pénible à regarder.


Fort heureusement, Les Nuits de Mashhad s’avère être un excellent film mais qui n’est cependant pas dénué de certains défauts majeurs. Je m’explique :

Déjà, la réalisation est sublime, Abbasi a su capter avec brio au travers de sa caméra le monde de la nuit iranienne qui revêt des allures oniriques et « néoneuses » tout en y mettant en lumière sa face moins "glorieuse", et que l’on cherche aussi à cacher comme elle fait tâche dans ce pays conservateur qu'est l'Iran, à savoir le monde de la prostitution et de la drogue.


Abbasi va se servir de ce contexte comme « décor scénaristique » pour faire fonctionner son histoire de tueur en série. Ce qui peut paraître un peu surprenant au début, c’est qu’au bout d’un dizaine de minutes, l’identité du tueur nous sera révélée.

Et pourtant, le film va véritablement gagner en intérêt à cet instant comme il nous révélera le visage d"un « mal banal », le tueur en série étant un homme d’apparence respectable, qui a fondé une famille qui l’aime et qui a un travail.


Durant toute la durée du film, Abbasi va jouer avec nos nerfs et créer une véritable mise en tension entre les notions de bien et de mal qui vont constamment s’entrechoquer et même parfois se brouiller. On ne condamne pas, on montre juste l'horreur de cet homme persuadé de faire le bien et d'agir de façon juste, de ne faire que "son devoir" d'honnête citoyen face à une journaliste qui se dévoue corps et âme à la cause de ces femmes qui se font tuer par cet homme.


En soi, je considère que ce film est un véritable conte moral mais qui a aussi la qualité de ne pas être moralisateur pour autant malgré sa critique au vitriol d’un univers extrêmement patriarcal.

Et Abbasi va par ailleurs nous rappeler, au travers de ce film, que la mentalité patriarcale s’applique aussi bien aux hommes qu’aux femmes au travers de principes et de comportements considérés comme respectables ou non.


J’ai trouvé le film très stimulant d’un point de vue intellectuel. Malgré sa forme plus que convenue, le fond y est et rend le film extrêmement passionnant de ce point de vue. Il est intelligent sans être pour autant pédant ou inaccessible.

Je déplore cependant les errements scénaristiques du film, Abbasi a souvent du mal à se fixer à un objet scénaristique donné et à creuser plus loin dans la dénonciation de ce qu'il cherche à exploiter.


Certaines scènes sont, de ce fait, extrêmement superflues et semblent juste être présentes pour le côté cosmétique, ce que je reprochais déjà à Border. Il y a des moments où je ne savais plus vraiment sur quel pied dansait ce film.


Autre point que j'ai trouvé un tantinet fâcheux, c'est que l'actrice principale n'incarne pas suffisamment son personnage, je la trouvais même absente, aussi bien en terme de présence à l'écran que scénaristiquement où le film est avant tout centré sur la vie du tueur en série.

Le fait de lui avoir accordé le prix d’interprétation féminine à Cannes cette année me laisse légèrement dubitatif comme elle semble être un personnage de second plan par rapport au tueur.

Ce « Nuits de Mashhad » s’avère donc être une excellente surprise à mes yeux. Certes non dénué de défauts majeurs mais j’ai trouvé ce thriller iranien extrêmement prenant et intelligent et doté d’une excellente réalisation.

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le 24 juil. 2022

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