Raoul Walsh s'intéresse aux hommes en guerre mais n'aime pas filmer les faits d'armes.

Raoul Walsh n’a pas su filmer la guerre. Dieu sait qu’il nous a enchanté avec des films d’action de toutes sortes, dont certains sont des chefs d'oeuvre, notamment ses westerns. Mais pour la guerre, les actions sont très mal exposées (si on compare ses films à des bons films de guerre de la même époque). On le voit dans cette tragédie pourtant issue du plus primé des roman-reportages sur la deuxième guerre mondiale, The Naked and the Dead (Les Nus et les Morts) : Pulitzer pour Norman Mailer alors âgé de seulement 25 ans (en 1948).

On le voit aussi dans le précédent Marines Let’s go, qui est pour moitié une comédie militaire répétitive et pour moitié un film de guerre héroïque, sentimental et presque ridicule.

Dans Les Nus et les morts, il réussit quand même à synthétiser, dans un film contraint par sa durée, trois des personnages du roman, des personnalités complexes que Mailer a quant à lui décrit dans des centaines de pages (le livre en a 800) et avec des dialogues foisonnants (quand même un peu trop de pages et de verbe à mon avis).

Walsh montre alors une excellente capacité à restituer, dans un cadre restreint, une complexité psychologique. Les portraits du général ambitieux et lunatique (joué par Raymond Massey), du lieutenant hautain et tourmenté par son éthique (joué par Cliff Robertson), et du sergent Croft, baroudeur émérite mais haineux et irresponsable (joué par Aldo Ray) sont acérés et les interactions entre eux exposées avec subtilité.

En revanche les séquences de guerre et les scènes d’action n’ont ni force ni crédibilité.

On a peut-être là un paradoxe de la personnalité de Raoul Walsh, qui fut un homme d‘action et qui participa lui-même à plusieurs guerres (notamment au Mexique) : il  désinvestit une des dimensions du genre (les faits d’armes) alors qu'il montre son grand intérêt pour les hommes et pour les rapports entre eux.

Cher Raoul Walsh qui ne succombe pas quant à lui au charme que peut opérer sur des humains la vraie guerre ! Il semble rétif à la fascination vénéneuse qu’elle peut exercer chez les spectateurs, auxquels il ne donne pas leur dû dans ces films là.

(Mais c’est pourtant un des aspects de la guerre, et restituer quelque chose de son attractivité, de ce trouble propre aux humains, en même temps que sa critique, est à mon avis ce qui fait un bon film sur la guerre).

Dans Marine Let’s Go, il y a aussi trois personnages masculins principaux - dans un scénario qui est de Walsh notons le - mais ils sont alors alternativement les héros schématiques et prévisibles d’une farce puis d’une guerre de Corée qui semble avoir été tournée dans le sous-bois d’à côté, tandis que les mêmes stock shots issus d’archives sont représentées régulièrement en arrière-fond.

Sans en avoir de souvenir très précis, c’est la même déception qui était ressentie dans Battle Cry (le Cri de la Victoire, 1955). 

Pourtant Objective Burma (1945) était excellent, mais c'était plus un film d’aventures enlevé qu’un film de guerre (ce que traduisait bien le titre français : Aventures en Birmanie), un film si admiré que Walsh en fit plus tard un remake en western, le parfait Distant Drums (les Aventures du Capitaine Wyatt, 1952), la quintessence de la Walsh touch.

(Notule de 2019 publiée en décembre 2025).

Michael-Faure
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le 8 déc. 2025

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