Troisième des quatre films, tournés entre 1944 et 1948, associant le couple mythique Humphrey Bogart - Lauren Bacall (après "To Have and Have Not" et "The Big Sleep", et avant l'ultime "Key Largo"), "Dark Passage" ne restera pas comme la plus belle réussite issue de cette collaboration prolifique.
Majoritairement boudé par la critique et par le public, le titre de Delmer Daves constitue un honnête film noir, qui peine toutefois à captiver et à marquer les esprits, hormis par son utilisation innovante de la caméra subjective.
En effet, pendant toute la première partie du récit, on ne connaît pas le visage du héros, qui n'apparaîtra qu'à mi-métrage, sous les traits d'un Humphrey Bogart modelé par la chirurgie plastique.
Ce procédé narratif permet d'amplifier l'empathie ressentie à l'égard de cet évadé de prison dont on sait peu de chose, si ce n'est qu'il a été condamné pour le meurtre de sa femme. Le spectateur perçoit alors chaque geste, chaque évènement à travers le point de vue du héros.
Autre bon point pour "Dark Passage", le tournage de plusieurs scènes en extérieur dans la ville de San Francisco, dont la topographie est bien exploitée, ajoutant une touche d'authenticité bienvenue à cette histoire, au même titre que certains seconds et troisièmes rôles tout à fait convaincants.
On retiendra ainsi le visage inquiétant du chirurgien marron, accompagné d'effets visuels très réussis lors de l'anesthésie de Bogey.
En revanche, la résolution de l'intrigue apparaît franchement décevante, à la fois prévisible et lourdement explicitée, et ce en dépit d'une mise en place qui était parvenue à intriguer et semer le doute.
Par ailleurs, des problèmes de rythme se font ressentir durant cette seconde moitié de film, avec un certain nombre de longueurs à déplorer.
L'ultime séquence en guise de happy end plaqué sur le récit ne convainc pas non plus, de sorte que "Dark Passage" s'achève beaucoup moins bien qu'il n'avait commencé.
On reste donc sur une impression décevante, mais dans l'ensemble Delmer Daves signe un film noir inégal mais pas déplaisant, porté par son duo de têtes d'affiche charismatiques.