Une constatation d’abord : depuis Crash en 1996, le cinéma de David Cronenberg s’est affadi. Objectivement, eXistenZ et Spider, malgré leur qualité esthétique, n’ont pas su retrouver la puissance évocatrice et expérimentale de Faux-semblants ou du Festin nu. A history of violence, soubresaut créatif et fiévreux, est certes plus accrocheur, mais en deçà des fulgurances de ses œuvres antérieures. La volonté de renouveau thématique est louable en soi mais, après A history of violence (dont ces Promesses de l’ombre pourraient être une sorte de double complémentaire) Cronenberg s’est perdu dans des drames psychologiques terre à terre (A dangerous method, Maps to the stars…) ou eschatologiques (Cosmopolis) sans égal avec ses cauchemars prophétiques (Rage, Vidéodrome) ou ses opéras charnels (La mouche, Faux-semblants, M. Butterfly).

Les promesses de l’ombre, bien plus que le thriller annoncé sur la mafia russe, est un drame existentiel (ou plutôt des drames existentiels) dont les enjeux (un père à retrouver, un journal intime compromettant, une identité à dissimuler, une succession qui se prépare…) suggèrent plusieurs niveaux de lecture, mais qui restent trop souvent esquissés (le passé douloureux d’Anna, ses rapports avec son oncle, l’homosexualité inhibée de Kirill, la dualité identitaire de Nikolai…), torpillant en profondeur un récit soi-disant ouvert aux ellipses et aux zones d’ombres, façon déloyale permettant à une critique aveuglée par le statut d’auteur de Cronenberg de s’engouffrer dans diverses interprétations faussement enthousiastes.

La description du milieu mafieux russe reste assez sommaire, réduite au trafic d’alcool, au proxénétisme et à des accents ridicules, l’usage du code des tatouages étant la seule vraie attention caractéristique (et symbolique) de celui-ci. Elle donnera lieu d’ailleurs a une très belle et courte scène de séance de tatouage filmée comme un tableau religieux. Cronenberg semble, en vérité, peu inspiré par le scénario inabouti de Steve Knight, filmant sans ferveur un enchaînement de scènes et de situations rarement passionnantes autour de bisbilles criminelles, de liens familiaux et communautaires compliqués. De fait, il se défoule dès qu’il dispose d’une brèche narrative lui permettant de revenir à un (à son) cinéma plus viscéral.

Évidente évidence quand se déploie, dans toute sa brutalité, l’hallucinant corps-à-corps meurtrier dans un sauna, parfaite séquence rythmique de tension, de sueur, de chair et de sang. Au regard de cette âpre lutte à mort, tout en violence sèche, l’impression d’un grand film raté, passé à côté d’une rigueur formelle et scénaristique, est patente (il aurait été vraiment intéressant de creuser davantage la mélancolie et les ambiguïtés morales qui habitent les principaux personnages). Cronenberg s’égare dans un développement mou et ennuyeux où tout demeure comme à l’état d’ébauche et ne mène, in fine, qu’à une tragédie superflue de la filiation.

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le 30 avr. 2025

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