Œuvre quelle que peu à part au sein de la filmographie de Kurosawa, Les Sept Samouraïs constitue pourtant l'un des ses plus grands films.


Le long-métrage interpelle d'abord par son apparente simplicité : quatre villageois partent en ville engager des samouraïs afin que le village soit protégé en cas d'attaque de bandits. Pourtant, la diversité des thèmes évoqués permet au récit de prendre une envergure toute autre. C'est bien simple, chaque personnage, qu'il soit mineur ou plus important, voit sa personnalité décrite minutieusement et occupe une place bien définie au sein de ce village. In fine, l'ensemble de ces destins s'entremêlent pour former une histoire commune.


Véritable hymne à la solidarité, Akira Kurosawa réussit avec Les Sept Samouraïs là où Sergueï Eisenstein avait échoué en réalisant La Ligne Générale (ode au monde paysan mais surtout film de propagande communiste afin de vanter les mérites de la collectivisation). En effet, alors que le film du réalisateur russe se contente de suivre un seul protagoniste (Marfa) pour ensuite y adjoindre une communauté toute entière, la micro-société constituée dans Les Sept Samouraïs n'est en fait que le cumul d'individualités propres. La force du propos développé est donc accrue d'autant puisque les réactions des personnages ne semblent à aucun moment improbables mais au contraire, tout à fait humaines. Ainsi, le film ne sombre jamais dans le simplisme ou le manichéisme. Si les villageois sont ravis d'être protégés par les samouraïs, ils s'en méfient tout de même et décident de cacher les jeunes femmes. Malgré ce comportement pouvant ressembler à de l'ingratitude (comme les samouraïs le perçoivent dans un premier temps), le spectateur comprend assez rapidement à travers les scènes montrant la vie quotidienne des villageois que ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Tout simplement, les fermiers sont trop occupés par la culture des champs et ne peuvent pas remercier les protecteurs (qui acceptent de ne pas être rémunérés et vont payer un lourd tribut durant cette mission).


Si les villageois n'hésitent pas à succomber à la tentation de la vengeance (alors que les samouraïs essaient des les en empêcher), les samouraïs perdent également tout sang-froid en apprenant que l'équipement de l'un des leurs a été dérobé par les fermiers après sa mort. En réalité, les deux groupes ne se comprennent pas et il faut des personnages intermédiaires tels que Katsushiro (villageois devenu apprenti samouraï) et Kikuchiyo (faux samouraï et ancien paysan refusant d'admettre ses racines) afin que les deux corps sociaux cohabitent et trouvent des solutions.


Les Sept Samouraïs est également un récit initiatique puisque Katsushiro est un jeune apprenti samouraï qui commence à peine à fréquenter les jeunes femmes de son village. De la même façon, les samouraïs vont apprendre aux villageois à se défendre tandis que Kikuchiyo recevra l'apprentissage le plus rude en raison de son entêtement et son manque de discipline.


D'ailleurs, malgré la relativement longue durée de ce film, les changements de registres (parfaitement maîtrisés par le réalisateur) entre l'aventure, le comique, le film de guerre, le mélo-drame ou encore la comédie romantique permettent d'apprécier l'œuvre du début jusqu'à sa fin sans aucune difficulté. Le génie de la mise en scène ainsi que la qualité de la photographie doivent également être soulevés.


Bien que Kambei déclare après la bataille "nous avons encore perdu ! Ce sont les paysans les vainqueurs, pas nous !", il convient de remarquer que Les Sept Samouraïs retranscrit tout de même un message globalement optimiste (qui contraste très fortement avec les autres films que le réalisateur japonais réalisera par la suite tels que Yojimbo ou encore Ran).


Bien qu'il s'agisse d'un film résolument japonais quant à sa philosophie et ses codes, il n'est pas étonnant que ce chef d'œuvre ait eu une aussi grande influence sur le cinéma américain tant le film de samouraïs est le pendant du western américain. Ainsi, John Sturges a réalisé six années plus tard Les Sept mercenaires, remake version western du film d'Akira Kurosawa. De la même façon, George Lucas et Francis Ford Coppola ont indiqué avoir été fortement influencés par ce film.


Les Sept Samouraïs constitue pour le spectateur une expérience mémorable et, en raison de sa relative proximité avec le cinéma américain, peut constituer une véritable porte d'entrée pour celui qui souhaite s'intéresser au cinéma japonais.

Le 28 février 2015

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