Pour son cinquième film, l'Argentin Pablo Agüero se penche sur un classique procès accusant de jeunes filles basques éprises de vie d'être des sorcières. Leur danse est synonyme de tentation, leur chant d'incantation, leur beauté de mascarade pour appâter le simple d'esprit à rejoindre Lucifer. Le sujet n'a rien d'original, a été vu maintes fois et sous de meilleures formes mais reste toujours intéressant, notamment à l'heure actuelle où le patriarcat n'a jamais été autant pointé du doigt.
Récompensé de toutes parts, Les Sorcières d'Akelarre demeure pourtant un long-métrage empli de défauts visibles comme le nez au milieu de la figure, principalement de mise en scène. S'appuyant sur un montage hasardeux pour ne pas dire bordélique, Agüero multiplie les jump cuts, les ellipses ratées, les cadrages approximatifs, peinant clairement à maîtriser sa narration. De son histoire diablement entraînante, il n'en conservera que la substantifique moelle. Son concept alléchant où les accusées vont fomenter un plan diabolique pour faire croire qu'elles sont réellement des sorcières afin de mieux s'évader n'est exploité que maladroitement et trop brièvement, cassant une fois encore le rythme déjà suranné du long-métrage.
Il y a pourtant l'interprétation envolée de la jeune Amaia Aberasturi, bluffante, et de ses comparses, il y a des idées de flashbacks drôles et décalés, un point de départ intéressant dans ce début de brûlot envers l'Inquisition et ses travers, il y a une sublime photographie et une poignée de plans à tomber. Pour autant, Les Sorcières d'Akelarre manque de substance, d'enjeux, d'horreur, de maîtrise. Il y a cette scène glaçante où de faux cris de plaisir se transforment en hurlements de douleur et une autre où l'on reste absorbé, comme ce juge interrogateur, par le récit torride d'une accusée narrant ses ébats avec le Malin. Mais jamais le ton du film ne restera constant, Agüero tatillonnant constamment dans ses choix artistiques, narratifs et thématiques.
Inégal mais pas intégralement raté, esthétique sur certains aspects mais également hideux sur bien d'autres, Les Sorcières d'Akelarre ne marquera pas autant son temps que son sujet, dévorant fourvoiement d'une religion aveuglée par son pouvoir, ses jugements présomptueux et sa bassesse humaine.