''Les trois lumières'' Der müde Tod – 1921 de Fritz Lang est un métrage intéressant non moins qu'un jalon cinématographique du cinéma mondial. Mais n'y a-t-il pas anguille sous roche ?
La cinquième strophe – troisième lumière – est visiblement celle qui a inspiré Fairbanks pour son voleur de Bagdad : extrème-orient, empereur tyran, magicien, tapis volant, statue monumentale, éléphants, cheval magique. Fairbanks aurait acheté les droits du film pour s'inspirer de ses effets spéciaux – à l'évidence – et en maîtriser la distribution dans son pays : il n'y fut projeté qu'après la sortie de son propre métrage. Mais là n'est pas l'anguille languienne, quoi que...
L'opus véhicule une imagerie surannée et racialisante, teintée de xénophobie, typique du XIXe siècle colonialiste et nationaliste, tout en inventant un langage technique assez spectaculaire pour ce medium en devenir, à la pointe de la modernité, qu'est alors le cinématographe. Voilà ce qui fait de ce travail un objet tout à fait ambigu, teinté de ce romantisme germanique d'un pessimisme noir. L'histoire est ingénieusement conçue et filmée, mais elle se veut surtout une histoire édifiante, édifiante face à la mort :
« Wer sein Leben wegwirft,
der wird es gewinnen... »*
Moralité à l'opposé de celle de The thief of Bagdad, vibrionnante et optimiste.
(*) « Qui donne sa vie, la regagne », credo qui peut conduire au pire... et qui l'a déjà fait.