Les Vampires de Salem
5.8
Les Vampires de Salem

Téléfilm de Tobe Hooper (1979)

Tobe Hooper est très habile pour mettre en scène une horreur d’intérieur – on pense au train-fantôme et à son dédale de pièces glauques (The Funhouse), à la maison de Leatherface (The Chainsaw Massacre) ou celle de Caroll Anne et sa famille (Poltergeist) – qui transforme l’environnement extérieur en une somme de signes à déchiffrer et dont l’interprétation laisse sentir l’omniprésence du mal. Cette interpénétration des espaces, Salem’s Lot la réussit fort bien et trouve là l’une de ses qualités essentielles : un manoir délabré perché sur un vallon, un antiquaire vêtu de noir aux apparitions suspectes, des morts qui s’enchaînent, un cimetière dont les tombes creusées attirent à elles les vivants.


Le manoir – qui reste, pendant les deux tiers de l’œuvre, un personnage vu de l’extérieur – est un moyeu autour duquel gravite un mystère : le téléfilm s’ouvre sur Ben Mears contemplant, non sans effroi, ledit manoir sur lequel a vue la fenêtre de la chambre de l’étranger, ou plutôt de l’exilé revenu dans sa ville natale. Aussi le bâtiment apparaît-il d’emblée comme un motif obsessionnel dans la conscience de celui qui gagne sa vie en écrivant de la fiction, mais une fiction nourrie de réalité ; il est un avatar de la création, de cette œuvre en devenir et qui demeure inaccessible, qui fascine autant qu’il rebute. Le manoir symbolise le retour au pays natal pour un écrivain soucieux d’extérioriser ses démons intérieurs et ainsi espérer les mettre à mort : ainsi, l’enseignante rencontrée sur une pelouse est en train de lire l’un de ses romans, préfigure en somme une compagne de substitution qu’il faudra, le temps venu, accepter de perdre une fois encore.


En adaptant Stephen King, Tobe Hooper pense la fiction comme conservatoire de la douleur de celui qui écrit et recréation – par la récréation que garantissent ici les vampires – d’une réalité imaginaire où le mal est amplifié et devient concret, physique, un ennemi à affronter à l’aide de croix, d’eau bénite et de pieux. Néanmoins, le format adopté par le téléfilm – deux parties, trois heures au total – contraint l’ensemble à longueurs et répétitions, échoue à faire évoluer les enjeux de ses protagonistes une fois les bases posées, jusqu’à une dernière demi-heure efficace et aux décors somptueusement repoussants. De bons effets spéciaux, à l’ancienne, confèrent à l’ensemble une authenticité appréciable, faisant de Salem’s Lot une curiosité ni essentielle ni désagréable.

Créée

le 18 juin 2020

Critique lue 262 fois

Critique lue 262 fois

4
2

D'autres avis sur Les Vampires de Salem

Les Vampires de Salem

Les Vampires de Salem

4

Eluria

72 critiques

Salem's Lol

J'ai eu la "chance" de tomber sur la version longue de ce film (plus de trois heures), je ne connais donc pas la version tronquée qui est généralement diffusée en France. J'ai mis "la chance" entre...

le 10 août 2011

Les Vampires de Salem

Les Vampires de Salem

5

AMCHI

6406 critiques

Je garde une nette préférence pour le roman à cette adaptation passable

J'ai vu la version téléfilm en 2 parties (pas celle sous forme de film exploité à l'étranger donc hors U.S.A.), d'abord je tiens à dire que Salem est l'un de mes 3 romans préférés de Stephen King...

le 8 nov. 2019

Les Vampires de Salem

Les Vampires de Salem

6

Fêtons_le_cinéma

3806 critiques

Des vampires qui manquent de mordant

Tobe Hooper est très habile pour mettre en scène une horreur d’intérieur – on pense au train-fantôme et à son dédale de pièces glauques (The Funhouse), à la maison de Leatherface (The Chainsaw...

le 18 juin 2020

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

3806 critiques

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

le 1 févr. 2023

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

3806 critiques

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

le 19 janv. 2019

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

3806 critiques

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...

le 11 sept. 2019