Le hasard aura voulu que ce film sorte en même temps qu'Autofiction ; un film de Pedro Almodovar dont le titre semble déjà tout dire. Un film qui a d'ailleurs eu pour conséquence de voir le mot « nombril » coloniser une bonne partie des titres de mes éclaireurs.
Autant vous dire qu'un tel constat m'avait convaincu de ne pas aller m'infliger en salles ce nouvel ego trip d'auteur. Seulement voilà, tout ça pour au final tomber sur cet Être aimé. Ça valait bien la peine...
Parce qu'en effet, pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, l'Être aimé parle d'un célèbre réalisateur qui a une relation compliquée avec sa fille ; relation compliquée liée notamment au fait qu'être un artiste – à en croire certains intéressés comme Rodrigo Sorogoyen et tant d'autres – eh bah, c'est compliqué.
Je ne savais pas que le film parlerait de ça. Je suis juste venu pour le nom de Sorogoyen, parce que j'avais beaucoup aimé Madre et As Bestas. Mais franchement, si j'avais su, je pense que j'aurais passé mon tour. Parce que j'en ai ras le coquillard de ces « autofictions » ; de ces artistes qui ne savent plus voir plus loin que leur nombril ; surtout quand c'est pour nous expliquer qu'être un connard, quand on est artiste, c'est normal parce que... Bah parce que c'est compliqué quoi...
Ras le cul.
Mais vraiment : ras le cul de ces films. Inarritu, Spielberg, Gondry... Et maintenant Sorogoyen, donc.
Tous ces mecs qui jugent pertinent, nécessaire, voire même indispensable de mobiliser toute une équipe et tout un budget pour qu'on s'intéresse à leurs petits problèmes. Tout ça pour dire toujours la même chose. Tout ça avec les mêmes impensés. C'est juste gavant. Et en cela, l'Être aimé n'échappe pas à la règle.
Alors d'accord, le sujet ne fait pas le film et tout n'est pas indigent là-dedans. Il y a cette confusion de la scène d'introduction durant laquelle on peine à cerner la nature ambiguë de la relation qui semble lier les deux protagonistes.
D'accord aussi pour reconnaître qu'il y a dans l'exposition du personnage d'Esteban une auscultation fine des mécaniques d'emprise, de confrontation entre affliction sincère et refus profond de reconnaissance de ses propres torts.
D'accord enfin pour concéder un véritable savoir-faire dans la composition de certains moments : l'économie parfois de certaines paroles, la mise en place progressive de tensions, l'élégance plastique de certains effets...
Mais tout ça au service de quoi ? Il y a t-il, dans cet Être aimé, de quoi transcender le cas particulier de cet auteur et de sa fille ?
Moi, je ne trouve pas.
Je ne trouve pas parce qu'à bien tout considérer, ce genre de récit peine à sortir de la chouinerie autojustificatrice. Quasiment deux heures de film pour qu'au bout du compte rien ne bouge. L'intrigue n'aura pas servi à mettre en place une dynamique réparatrice et/ou expiatoire mais juste à explorer l'ensemble d'une situation. Esteban a conscience qu'il fait du mal mais, tu comprends, il est tellement habité par son art qu'il ne sait exprimer son amour qu'en produisant des beaux moments de cinéma qui immortalisent ceux qu'il aime.
Bah voyons ! Ah ça c'est sûr que c'est forcément un package, à n'en pas douter. Impossible d'immortaliser l'être aimé et le respecter dans la vraie vie, je suppose.
Non mais quel foutage de gueule, franchement...
Au bout du compte, tout ce qui ressort de ce film, c'est ce qui est ressorti de tous ces mêmes autres films produits par ces mêmes auteurs égocentrés qui ont tenu le même exact propos : c'est-à-dire juste un portrait de nombril en plus. Un nombril comme un autre filmé sans grande distance.
Or, un nombril, quand il est filmé de près, ça ressemble quand même très fortement à un trou du cul. Et si je constate qu'il y aura toujours un public qui se plaira à renifler les trous de balle des grands auteurs comme si ceux-ci sentaient davantage la fleur, pour ma part, j'avoue avoir mes limites en termes de scatophilie, et considère que le cinéma vaudra toujours mieux qu'une énième coloscopie.