L'Être Aimé plaira à ceux qui, comme moi, ont été séduits depuis des années par les œuvres de Rodrigo Sorogoyen. Ne vous attendez pas à du grand spectacle : le film s'ouvre sur un long dialogue intimiste proche des visages, en champ-contrechamp. Le réalisateur espagnol introduit dès l'ouverture la thématique centrale de son œuvre, en exposant les retrouvailles entre un père réalisateur et une fille comédienne qui s'étaient perdus de vue pendant des années. Dès le début, le poids du passé menace de rouvrir les blessures des protagonistes.
Si vous travaillez dans le cinéma, ce film vous convaincra certainement, puisqu'il expose avec justesse les tensions que l'on peut rencontrer sur un plateau de tournage. En revanche, je ne pense pas qu'un public qui n'apprécie pas la filmographie sensible de Sorogoyen l'appréhendera avec enthousiasme. En effet, le rythme plutôt lent et le point de vue souvent intériorisé n'est pas fait pour les amateurs de sensations fortes. L'évolution des personnages repose avant tout sur des nuances émotionnelles subtiles et contrôlées.
En revanche, la performance magistrale des acteurs vaut le détour. Javier Bardem et Victoria Luengo incarnent si bien les contradictions de leurs personnages qu'ils semblent porter le film à eux seuls. Dès lors, la mise en scène minutieuse de Sorogoyen permet de magnifier avec précision ce casting admirable.
🎬 Cette critique est publiée dans L’Hebdo-Ciné, le journal cinéma hebdomadaire de l’association Radio-Ciné.
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