Doit-on séparer l'homme de l'artiste ? Sorogoyen répond (presque) non (on y reviendra).

À l'inverse de Valeur sentimentale, qui parlait vaguement de famille et ne remettait pas en question le vieux patriarche toxique, ici, Sorogoyen parle de cinéma et de masculinité toxique sur un tournage de film, dans un milieu à peine moins bourgeois (mais de gauche ?) que son homologue finlandais.

On est toujours un peu réticent à aller voir un film qui parle de cinéma, mais ici, le réalisateur espagnol parvient à dépasser à peu près les clichés nombriliste, pour proposer un thriller artistique (dès la scène d'ouverture, les retrouvailles entre le père et la fille après 13 ans, très intense par son découpage et son montage, pouvant rappeler le finale de Whiplash). Quelques scènes sont des morceaux de cinéma, par leur intensité et leur durée, notamment une scène de tournage, centrale, rappelant la crispation ressentie devant As bestas. La mise en scène ajoute une intensité à l'écriture assez naturaliste et plus mélo des dialogues, interprétés à la perfection par Javier Bardem et Victoria Luengo. Quelques effets de style viennent gâcher cette tension, un passage inexpliqué vers le noir et blanc ou de brusques plans vus du ciel, alors qu'une scène de regard unilatéral, sans musique ni dialogue, en cafeteria suffit à réunir toutes les émotions contradictoires du film.


Revenons-en au propos du film sur l'autoritarisme et la toxicité masculine: celle du réalisateur, coupable de harcèlement moral et d'humiliation, en lutte contre ses vieux démons. Le film ose y confronter le refus de ces comportements inacceptables et ose les désigner comme tels, mais ne jamais jusqu'à l'abandon du film (il y a eu l'abandon de la fille, déjà, ça suffit). Il ose balancer cette réplique cynique disant que si le tournage était en France, il n'y aurait pas de polémique. Certaines scènes pourraient aller plus loin dans la radicalité, avec Marina Foïs, productrice sous exploitée par exemple, mais n'y va pas (le film est soit trop long soit pas assez). Un petit point d'ombre dans cette proposition cinématographique somme toute intense, intéressante et presque superbe.

Dormir_Debout
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le 17 juin 2026

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Dormir_Debout

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