Comme on ne peut pas faire l'impasse sur la similitude entre L'être aîmé et Valeur sentimentale, autant ne pas tourner autour du pot : c'est stricto le même sujet. Relation père-fille, réalisateur célèbre qui revient au bercail, projet de film qui convoque le passé... Ça surprend, vu que les cas de gémellité recensés au cinéma concernent des scénarios issus d'événements réels, alors que ces deux-là sont des créations originales purement fictives. Habitué à la question, Rodrigo Sorogoyen aura confessé à l'issue de la projection avoir été anéanti quand il a entendu parler du film de Joachim Trier, au point d'avoir failli abandonner son projet alors sur les rails. Tant mieux que ce n'est pas été le cas. Car en dépit de l'intérêt qu'on peut avoir pour l'autre film, L'être aimé est plus satisfaisant.
Ici, pas d'artifices faciles pour susciter l'émotion. Pas de nazis, pas de suicides venus hantés les vivants, pas de Deauville et d'interviews Netflix pour faire dans l'air du temps. Uniquement des personnages, dont seul l'un est célèbre, qui se démènent avec les tracas de tout un chacun. Ici, les caractères sont réalistes et le propos a quelque chose d'universel. Côté identification pour le spectateur, c'est le gros plus.
Sur la mise en scène, c'est aussi plus marquant. Avec notamment deux - très - longues scènes qu'on pourrait qualifier d'anthologie : 20 minutes en plan serré d'entrée de film, qui scotchent grave ; et pour la seconde, un "repas" d'un bon quart d'heure où l'on passe par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel côté émotion, du rire franc à la crispation totale.
C'est aussi une petite trouvaille formelle : un noir et blanc qui s'invite sans prévenir dès lors qu'une contrariété vient frapper un personnage, et qui d'un coup change le ressenti de la scène. Enfin, c'est sans surprise une interprétation haut de gamme. Donc à l'arrivée, L'être aimé est évidemment l'un des meilleurs films de l'année.