The Lone Ranger atteste la virtuosité avec laquelle Gore Verbinksi conçoit et exécute le blockbuster, ici érigé en art de l’efficacité et de la gourmandise : son geste artistique emprunte autant à l’âge d’or du western qu’au cartoon, avec ce goût pour la démesure et l’absurde – que vient faire le cheval blanc dans un arbre ? la jambe-fusil de la gérante ? le paquet de cacahuètes en guise de monnaie d’échange avec un défunt ?


L’articulation de deux âges, à savoir d’une part les années 1860 au cours desquelles se déroule l’action principale, et d’autre part les années 1930 correspondant à la date de naissance du feuilleton de même nom, offre une mise en abyme du divertissement hollywoodien et interroge la part de fiction inhérente à la mémoire historique. Les réactions successives du jeune garçon, ses questions, ses critiques vis-à-vis de ce qu’il considère comme un spectacle jette sur la reconstitution du passé une suspicion de fraude, suspicion à l’origine de la légende ici racontée. Verbinksi aborde avec beaucoup d’humour la fabrique de l’héroïsme, par un regard rétrospectif volontiers outrancier qui, certes démystifiée, demeure impressionnante ; montrer les ficelles augmente, de façon paradoxale, le grandiose des séquences d’action parce qu’une telle démarche invite le spectateur à ne pas chercher l’exactitude, à ne pas traquer les anachronismes ou les ajouts mais à profiter du show. Nous pensons évidemment à la figure de Buffalo Bill, dont les mises en scène de l’Ouest mythifié tendaient à se confondre avec une réalité forcément moins trépidante et manichéenne, qui passait aussitôt au second plan.


S’il souffre de longueurs et de répétitions inutiles, s’il développe non sans excès l’intrigue politique pour dénoncer la corruption des puissants, The Lone Ranger demeure un spectacle à sensations fortes qui témoigne de la maestria de l’auteur de la trilogie Pirates of the Caribbean et de Rango (2011) ; il offre à Johnny Depp un terrain de jeu à l’échelle de son talent, et à Hans Zimmer l’occasion de concentrer l’essence musicale du western, teintée de ses motifs massifs significatifs.

Créée

le 16 juin 2022

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