Enrico Casarosa a passé son enfance sur les plages dorées de la Riviera ligure, non loin de la splendide ville portuaire de Gênes, bercé par le clapotis des vagues de la mer Méditerranée et l’odeur des pins maritimes. Sous le soleil éclatant d’Italie, lors d’un été inoubliable de ses onze ans, il fit la rencontre d’Alberto, un garçon au tempérament volcanique, à l’image du Vésuve. Enrico, plutôt réservé et rêveur, aimait observer le monde avec une douce mélancolie, tandis qu’Alberto, avec son insouciance typiquement italienne, préférait braver les interdits et se lancer dans des aventures rocambolesques. Ils étaient comme le jour et la nuit, opposés en tout point, mais cette dolce vita estivale tissa entre eux un lien indéfectible. Les jours s’écoulaient entre baignades dans l’eau cristalline, balades en Vespa improvisées et dégustations de gelato sur la piazzetta du village. Alberto, tel un guide intrépide, ouvrit à Enrico les portes d’un monde plus vaste, où l’audace et la liberté pouvaient dessiner les contours de leurs rêves d’enfants.
Enrico Casarosa confesse avec émotion que sans cette amitié aussi précieuse qu’un trésor caché dans les ruelles de Rome, il ne serait peut-être jamais entré chez PIXAR, ce temple moderne de l’animation. Pour son premier long-métrage (après avoir déjà signé le poétique court-métrage La Luna, où l’on retrouve cette fascination pour la lumière et la mer), il souhaitait rendre hommage à ces amitiés d’enfance aussi intenses qu’un opéra de Verdi. Ces amitiés qui, comme un bon vin du Piémont, se bonifient avec le temps et forgent l’âme. Il voulait célébrer ces étés italiens où le ciel azur semble infini, où chaque journée est une invitation à l’aventure, et où l’on apprend, entre deux plongeons depuis les falaises escarpées, que l’amitié est un voyage qui nous transforme à jamais.
En 2021, Luca dévoile son univers chaleureux et coloré, inspiré des villages pittoresques de la côte amalfitaine et des Cinque Terre, directement sur Disney +, tout comme Soul avant lui.
Enrico Casarosa explore donc son amitié d’enfance avec Alberto à travers le personnage de Luca, un enfant rêveur et discret, bercé par la douceur de la mer Méditerranée mais prisonnier de son propre monde. À l’image des villages colorés des Cinque Terre, où chaque ruelle cache une histoire, Luca est empli d’une curiosité qu’il n’ose exprimer. Ses parents, à l’instar des familles italiennes protectrices, veillent sur lui comme sur un précieux trésor, l’empêchant d’explorer l’inconnu. Pourtant, au fond de lui, Luca aspire à plus : il veut voir le monde, goûter à la liberté comme on déguste un cornetto encore tiède au petit matin sur une piazza ensoleillée. L’arrivée d’Alberto, aussi intrépide qu’un pilote de Vespa filant à toute vitesse sur une route côtière, va bouleverser son quotidien. Ensemble, ils forment un duo inséparable, vivant une aventure rythmée par des courses effrénées sur les chemins escarpés, des baignades dans une mer d’azur et des rêves de grandeur sous un ciel étoilé. Ce film célèbre ainsi ces amitiés spontanées et sincères, celles qui transforment une vie comme une première gorgée d’espresso un matin de printemps. Grâce à Alberto, Luca apprend à sortir de sa coquille et à se forger sa propre destinée, dans une histoire aussi touchante qu’un vieil air de mandoline résonnant dans les ruelles d’un village toscan.
Impossible de parler de du film sans évoquer l’Italie, véritable personnage à part entière du film. Casarosa peint une Italie de carte postale, éclatante et ensoleillée, où l’on imagine sentir l’odeur du basilic fraîchement cueilli et entendre les cris des marchands ambulants sur le marché du village. La ville fictive de Portorosso est un hommage vibrant aux villages pittoresques de la Riviera italienne, et notamment à Vernazza, perle des Cinque Terre, avec ses maisons colorées dominant une mer scintillante. Les scènes de vie sont empreintes d’un charme authentique : les habitants discutent en gesticulant sur les places pavées, les enfants courent après un ballon en riant, et les pêcheurs réparent leurs filets au bord de l’eau en échangeant des histoires. Casarosa va plus loin en ancrant l’histoire dans les années 1950-1960, époque dorée du cinéma italien et du néoréalisme. Ce cadre intemporel enveloppe le film d’une douce nostalgie, comme une promenade à Rome un soir d’été, où chaque coin de rue raconte une histoire.
Enrico Casarosa confie la bande-son à Dan Romer, un compositeur novice chez PIXAR mais dont la partition, tout en finesse, respire l’Italie. À travers ses compositions, on retrouve des sonorités qui rappellent les trilles d’une mandoline napolitaine, le romantisme d’un air d’opéra chanté sur une terrasse surplombant la mer, ou encore le rythme entraînant d’une tarentelle dans un village en fête. La musique s’imprègne de cette nostalgie qui flotte dans l’air, comme une vieille chanson fredonnée par une grand-mère préparant des gnocchis faits maison.
L’animation est un véritable festin visuel, où chaque détail semble avoir été façonné avec le soin d’un artisan de Murano soufflant une pièce de verre unique. Les textures évoquent presque le toucher d’une sculpture en terre cuite, rappelant les poteries traditionnelles italiennes. Les personnages, avec leurs expressions exagérées et leurs mouvements fluides, s’intègrent à merveille dans cet univers solaire et chaleureux. Mais c’est surtout le rendu de l’eau qui émerveille : la mer scintille comme un joyau sous la lumière méditerranéenne, oscillant entre l’azur limpide des criques isolées et le bleu profond du large. Ce travail minutieux donne au film une dimension quasi sensorielle, où l’on rêve de plonger à pleins poumons dans cette mer envoûtante. Il est presque regrettable de ne pas avoir pu admirer le film sur grand écran, tant chaque vague, chaque reflet du soleil sur l’eau, méritait une toile immense pour s’exprimer pleinement.
Au-delà de son histoire, le récit plonge dans le folklore maritime italien, où les monstres marins font partie des légendes que les pêcheurs murmurent à la tombée de la nuit. Ces créatures mythiques, qui hantent les profondeurs, rappellent les légendes populaires du littoral italien, racontées de génération en génération pour éloigner les curieux des eaux les plus poissonneuses. Inspiré par ces histoires transmises dans les villages côtiers, Casarosa a façonné un univers où l’imaginaire se mêle au réel, où les ombres sous la surface cachent des secrets fascinants.
Si le film aborde des thématiques comme la tolérance, la famille et le passage à l’âge adulte, c’est surtout son histoire d’amitié qui reste gravée dans mon cœur. La relation entre Luca et Alberto est l’essence même du film, comme une chanson italienne entonnée à pleins poumons sous un ciel étoilé. Leur complicité illustre ces liens précieux qui nous aident à grandir et à comprendre qui nous sommes vraiment. À travers eux, Casarosa célèbre ces amitiés estivales, fugaces mais inoubliables, qui marquent une vie à jamais, comme un premier amour ou un coucher de soleil sur la mer Tyrrhénienne.
Luca est bien plus qu’un simple film d’animation : c’est une déclaration d’amour à l’Italie, à ses paysages ensoleillés, à ses traditions, à sa musique et à son art de vivre. C’est une histoire simple mais universelle, où l’amitié se pare des couleurs chatoyantes de la Riviera et où chaque scène respire la chaleur et la nostalgie d’un été sans fin. Avec son esthétique charmante, sa bande-son envoûtante et ses personnages attachants, Luca est une véritable parenthèse enchantée, une invitation à prendre le large et à savourer pleinement la beauté de l’instant.