Lux Æterna participe à une esthétique cinématographique qui se rapporte au chaos : montage épileptique, saturation sonore, éclatement du cadre, polyphonie des écrans. Gaspar Noé souligne l'impossibilité de filmer sans domination et que la violence est le terreau même d'un dévoilement artistique, de sa superbe.
La figure de la sorcière fonctionne alors comme un révélateur symbolique : femme autonome, sexualité non domestiquée, puissance spirituelle hors des clous. Noé fait converger ces dimensions dans notre contemporanéité par l'émancipation, la liberté du corps, et l'autonomie créatrice de la femme avec en toile de fond l’imaginaire ancien de la persécution.
Le contraste entre Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg est d’ailleurs bienvenue. Dalle incarne une énergie débordante, voire incandescente, qui rappelle l’image historique de la femme « excessive », donc menaçante pour l’ordre patriarcal. Gainsbourg, au contraire, paraît intérioriser cette forme de violence : un jeu plus contenu, plus vulnérable, rend perceptible l’épuisement produit par le regard masculin et les rapports de pouvoir dans le cadre du tournage. Ce dédoublement, marquée par la séparation du cadre, produit une dialectique entre la femme accusée d’excès et la femme soumise à une structure oppressive.
Gaspar Noé met finalement en scène sa propre position de cinéaste-démiurge. Le plateau de tournage devient une métaphore du pouvoir masculin sur l’image. Il se pose en tyran invisible et rappelle que le cinéma est un outil de captation des corps — particulièrement du corps féminin. Noé en a bien conscience et n’abolit jamais totalement la violence qu’il expose en nous mettant face à nos propres contradictions, aussi vertueux que nous pensons l'être.