En 1859, à l'époque victorienne, dans les landes désolées du Yorkshire, au nord de l'Angleterre. Mary Stevens (Ariāna Osborne), jeune femme māorie en quête de vérité sur sa famille et ses origines, rejoint le manoir Hawkser après avoir reçu une mystérieuse missive. Le maître des lieux, Nathaniel Cole (Toby Stephens), lui propose de devenir la préceptrice de sa fille Anne. Mais d'étranges visions ancestrales commencent bientôt à hanter la jeune femme...
Il y a beaucoup de raisons d'aimer « Mārama ». D'abord parce que cela commence très bien, comme dans un bon vieux film de la Hammer, avec l'arrivée dans un étrange château perdu au milieu des landes du Yorkshire. On retrouve même le thème classique du cocher qui refuse d'aller plus loin et invite son passager à terminer la route à pied.
Ensuite, par son sujet même, puisque le film relate le combat d'une femme māorie – Mary, Mārama de son nom d'origine – pour reconquérir son identité et sa culture. Lui-même d'origine māorie, Taratoa Stappard signe à la fois un récit d'émancipation féminine, un film d'horreur gothique et une critique de la colonisation des peuples māoris par les Britanniques. L'idée de faire surgir les fantômes du passé colonial au cœur même d'un décor typiquement victorien est d'ailleurs particulièrement pertinente : derrière les apparences raffinées du manoir anglais se cache toute une histoire de domination, d'effacement culturel et de dépossession.
« Mārama » revendique ainsi pleinement son appartenance à la tradition gothique britannique, tradition dont il détourne les codes pour faire surgir non plus les fantômes d'une famille, mais ceux de l'histoire coloniale.
Malheureusement, tout cela fonctionne assez mal et le film se révèle rapidement ennuyeux, faute de rythme et de tension dramatique. Le mélange entre film d'auteur et cinéma de genre, pourtant souvent très fécond, ne prend jamais vraiment. Le réalisateur semble vouloir créer artificiellement du mystère à travers une intrigue inutilement opaque alors que le fond du propos demeure, au contraire, assez simple et lisible.
Sur la forme, on peut également regretter qu'il cède trop souvent à la facilité des jump scares, aux traditionnels jeux de miroirs et à l'accumulation de flashbacks fantasmagoriques qui finissent par diluer plutôt que renforcer l'atmosphère. Là où les grands films gothiques suggèrent et inquiètent, « Mārama » tend trop souvent à souligner lourdement ses effets.
Bref, un film dont on a toutes les raisons d'apprécier les intentions et le propos, mais qui demeure franchement décevant dans son exécution.