Philippe Lacheau a ceci d'intéressant qu’il est un artiste capable des plus grands écarts de qualité au sein d’une même œuvre. Cela se remarque surtout dans les films qu’il a réalisés à partir de Babysitting 2 (le premier étant selon moi un film globalement sympathique). Ses films sont donc généralement très bien pensés en termes de construction de la mise en scène mais complètement cons sur ce que cette réalisation sert. Les scénarios sont généralement bêtes, l’humour est souvent très faible et signe d’une immaturité assez criante (blague de cul bas de plafond et blague sur l'homosexualité des personnages pour les plus récurrentes). Donc j’ai tendance à considérer ses films comme moyens moins, dans le sens que ce n'est pas désagréable à regarder dans l’absolu mais cela reste dans l’ensemble une perte de temps et ça ne fait pas vraiment avancer dans la bonne direction (une sorte de fast food cinématographique). 


Donc quand ce brave Philippe réalise un film qui se vend comme une comédie d'aventure à l’ancienne adaptée d’une bande dessinée belge culte, de plus en s’inscrivant comme une suite/spin-off du film de Chabat (peut-être le meilleur film de son auteur d’ailleurs), ça a de quoi rendre curieux, et dans le bon sens du terme.


Cependant, ne nous y trompons pas, nous avons affaire à un pur film de Lacheau, avec ses qualités et surtout ses défauts malheureusement. Malgré la promesse du film et le fait qu’il débute par une séquence assez appropriée pour un film traitant du Marsupilami, on va très vite retomber dans de la comédie très classique de remariage, avec des gags assez moyens et une photo digne des sitcoms AB productions. 


Par un concours de circonstances révélatrices d’un scénariste fatigué, cette pauvre histoire de comédie surannée se retrouve liée au Marsupilami. Le protagoniste interprété par notre réalisateur/acteur préféré se retrouve contraint de récupérer le bestiau en Amérique du Sud pour le rapporter en bateau à son méchant patron. Pour des raisons certainement existantes (filer du boulot aux copains), des personnages joués par Tarek Boudali et Julien Arruti se retrouvent aussi à faire le voyage, le personnage de Boudali étant un chanteur minable et celui de Arruti étant un joyeux imbécile, mais pas dans le genre François Pignon, plutôt dans le genre où l’on se demande comment c’est humainement possible d’être aussi bête, chose habituelle des personnages d’Arruti dans les films de Lacheau sauf que là ça devient lourd. C’est selon moi plus signe d’une fainéantise intellectuelle qu’une véritable caractérisation de personnage. 


En plus de ces personnages principaux nous avons aussi droit à des personnages secondaires assez faibles dont un douanier « comic relief » (ce qui dans une comédie est déjà questionnable) interprété par Alban Ivanov qui donne sérieusement envie d'interdire sa présence dans le cinéma français, pour le bien de tous ; et aussi le personnage de Jamel Debbouze, seul lien entre ce film et celui de Chabat et Dieu merci, Jamel joue bien, il semble le seul à croire réellement à l’intrigue et ça nous offre des bouffées d’air à chaque apparition. 


Pour ce qui est de l’aspect principal du film à savoir la comédie, nous avons droit durant l’essentiel du film à une alternance de gags vraiment mauvais, des références nulles et inappropriées à n’importe quel film parmi lesquels : E.T. (bien sûr, c’est une bestiole à protéger des autorités), Titanic (bien sûr, c’est sur un bateau), Les Goonies (bien sûr, c’est une comédie d’aventure pour enfants). Le film est très peu drôle dans son ensemble au point où Lacheau a osé deux gags façon les Griffins (gags en flash-back sans aucun rapport avec l’intrigue), qui hélas sont peut-être parmi les meilleurs, dont l’un avec Vincent Desagna, complètement incroyable dans son personnage qui apparaît 20 secondes et qui est merveilleux. Le reste c’est des gags visuels qui marchent une fois sur deux et des blagues débiles habituelles chez Lacheau qui ne marchent pas.


Ce qui est assez dommage, c’est que lorsque Lacheau veut faire de la mise en scène, ça marche plutôt bien, on pourrait évoquer une séquence de propagation d’incendie plutôt bien pensée ou encore une séquence de massacre en vue subjective façon Doom (le film) qui, là aussi, fonctionne dans l’ensemble. Le problème des séquences d’action est que les effets spéciaux oscillent entre le très convaincant et le franchement médiocre, certains effets nous sortent même du film.


Mais dès qu’on revient à des scènes plus classiques, c’est du grand n'importe quoi avec notamment vers la fin des personnages qui semblent se téléporter à la faveur d’ellipses foireuses et des enjeux résolus en deux plans qui sentent le montage tardif pour pallier à un ventre mou (ce n’est qu’une supposition mais ça me semble évident). 


Pour résumer, c’est un film de Lacheau avec les mêmes qualités et défauts que d’habitude. On aurait pu s’attendre à plus mais non. Alors bien entendu ça plaît au grand public, mais je trouve ça plutôt regrettable qu’on salue une telle absence de progression chez un réalisateur qui a pourtant de l’ambition.

Cingeek
5
Écrit par

Créée

le 18 févr. 2026

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