Suite à leur séparation artistique, les frères Safdie vont tous les deux proposer un biopic sportif : Benny avec "The Smashing Machine", un rôle sur mesure qui représente la meilleure performance d'acteur de la carrière de Dwayne Johnson, et Josh avec "Marty Supreme", le portrait fictionné d'un prodige du tennis de table, qui s'avère être bien plus qu'un simple film sur le ping-pong.
Le film raconte quelques jours dans la vie de Marty Mauser (Reisman, dans la vraie vie), un manipulateur de première, prêt à tout pour devenir champion du monde de tennis de table, dans les années 1950. Et s'il excelle au ping-pong, son véritable talent réside dans le mensonge, l'arnaque et l'art de se victimiser aux dépens des autres, comme s'il était le martyr de sa propre ambition.
Les séquences axées sur la compétition sportive, très réussies, sont séparées respectivement au début et à la fin du film, et encadrent un récit sur la semaine la plus chaotique du protagoniste. Tout se mélange : ses relations malsaines, ses magouilles financières et sa passion pour le sport, dans un joyeux bordel qu'on suit avec beaucoup de plaisir.
Le film est très drôle dans son ton et ses performances, portées par un casting aussi curieux que talentueux : outre Timothée Chalamet et Gwyneth Paltrow, le film comporte le rappeur Tyler, The Creator, le légendaire réalisateur Abel Ferrara, et la nounou d'enfer des années 1990 Fran Drescher, tous plus excentriques les uns que les autres. On a même droit à des caméos du funambule Philippe Petit et de la voix de Robert Pattison, entre autres. Mention spéciale pour Odessa A’zion et Kevin O'Leary, les deux rôles secondaires les plus marquants, en dehors de ceux que j'ai déjà cités.
Comme pour les précédents films des Safdie, cette nouvelle collaboration pour la bande originale avec Daniel Lopatin est fantastique, même si sonorement anachronique, et le cimente comme l'un de mes compositeurs modernes favoris. J'adorais déjà toute sa carrière musicale avant même qu'il ne se mette à composer pour l'image, et chacune de ses propositions cinématographies m'ont absolument enchantées. Ça ne rate jamais, et c'est toujours un gros plus pour le film.
Même s'il est plus grand et plus ambitieux, le film n'atteint pas l'intensité étouffante des précédents métrages du réalisateur, "Good Time" et "Uncut Gems", ce qui déjà, est à l'image du récit sur ce personnage qui veut marcher dans des chaussures trop grandes pour lui. Mais surtout ce n'est pas non plus l'objectif recherché par le film. "Marty Supreme" est avant tout un film drôle et fort, riche et chaotique, sur l'ambition, la réussite et l'échec d'un attachant salaud, et il propulsera sans aucun doute son réalisateur aux sommets, dès maintenant ou dans les années à venir.