À la fois amusant et stressant, Marty Supreme combine le style de mise en scène chaotique de Josh Safdie avec le charisme de Timothée Chalamet pour créer un film de ping-pong unique en son genre qui est, sans aucun doute, l’un des meilleurs films de l’année.
La simple action de rêver est ce qui nous fait tenir. La vie est imprévisible, et les rêves sont sacrés, c’est pourquoi il est presque impossible de ne pas se surprendre à encourager quelqu’un d’aussi tête brûlée que Marty Mauser, ou la vision magnifiquement débridée de Josh Safdie.
Des montagnes russes à toute allure sur le ping-pong ! infusées d’un désespoir maniaque presque aussi électrique que ses morceaux de bravoure athlétiques sont tendus.
Cette étude de personnage irrésistiblement divertissante et délicieusement amorale est portée par la performance de Timothée Chalamet, dans le rôle d’un égoïste méprisable qui manipule volontiers ceux qui l’entourent.
On a envie de détester ce type pour son arrogance et la façon dont il sabote à répétition sa propre réussite. Mais il est joué avec une verve si dynamique et un vrai charisme de star par Timothée Chalamet qu’on ne peut pas s’empêcher de l’encourager malgré tout, surtout quand les enjeux montent et qu’il refuse d’abandonner sa quête de devenir le meilleur joueur de tennis de table au monde malgré la montagne de preuves qu’il ne le devrait absolument pas.
Rien de tout cela ne fonctionnerait sans l’interprétation audacieuse, en funambule, de Chalamet.
Il y a dans la mise en scène une assurance fanfaronne à la hauteur de celle du personnage-titre, avec des images sous adrénaline, un design de production finement ciselé et une attention scrupuleuse au casting, jusqu’aux figurants.
Safdie remue le tout avec brio. Avec une bande-son qui éclate de morceaux new wave des années 80 anachroniques “Change” de Tears For Fears est une ouverture de rideau déroutante mais énergisante pour le New York des années 50 Marty Supreme a l’intensité brûlure d’ulcère d’Uncut Gems, ainsi qu’un sens de la spontanéité qui vient du fait que Marty doit négocier frénétiquement chaque instant de sa vie.
Marty est vif, et le film autour de lui bourdonne à la même fréquence : nerveux, anxieux, mais terriblement excitant du début à la fin, chaque minute définie par un virage narratif en épingle.
Même si le troisième acte s’affaisse un peu sous le poids de la démesure de Marty, impossible de nier que Safdie travaille à un niveau technique remarquable. Tout comme Good Time et Uncut Gems jouaient sur les forces de leurs stars tout en les transformant, Marty Supreme met Chalamet au défi et il relève la partie avec une agilité fulgurante.
Marty Supreme est plus qu’un simple véhicule pour permettre à l’une des stars les plus essentielles de sa génération de briller et d’étendre sa marque personnelle. C’est l’un des films les plus impressionnants de l’année, une œuvre ambitieuse et grisante dont le plus grand péché est de trébucher un peu dans son final.
Josh vole en solo cette fois, mais Marty Supreme montre qu’il est capable d’atteindre une grandeur qui lui est propre. Si de brefs éléments de l’intrigue alourdissent le film, Safdie défie la gravité même lorsque Marty, lui, n’y parvient pas.
La comédie-thriller globe-trotteuse et brise-genre du réalisateur Josh Safdie est un film d’époque fièrement bizarre, qui affiche des éléments rétro tout en restant intemporel dans l’improbable parcours héroïque de son personnage.