Avec Marty Supreme, le réalisateur Josh Safdie signe le film sportif concurrent à celui de son frère Smashing Machine de Benny Safdie. Ce dernier était meilleur.
Plombé par son rythme et son bruit incessant façon marteau-piqueur, Marty Supreme entre malheureusement dans cette catégorie détestable du cinéma américain moderne plus ou moins "auteur-grand public" qui ne laisse pas respirer son récit.
Smashing Machine avait au moins pour lui la qualité de prendre son temps et de laisser ses personnages exister, aussi faciles et parfois peu subtils qu'étaient les mécanismes de mise en scène faisant ressentir l'émotion.
Ici, les répliques sont données à vitesse grand V, semblent parfois se chevaucher et jamais on ne prend le temps de s'attacher aux personnages, réduits à de simples outils venant aider, ou mettre des bâtons dans les roues à Marty Mauser, incarné par un Timothée Chalamet convaincant, mais dont on se fiche pas mal de ce qui lui arrivera. On soigne la posture, on cherche à capter le plan donnant l'aspect "cool" et détaché du récit.
La faute revient également à ce montage bordélique et à cette caméra littéralement scotchée au visage de ses personnages, les enfermant dans le cadre comme dans une boîte. Josh Safdie oublie le décor, mais surtout, et c'est là le pire, il oublie de filmer l'invisible. Jamais il ne nous plongera dans la tête de son héros tantôt téméraire dominant, tantôt soumis jusqu'à l'humiliation. Sauf peut-être à la fin quand Marty remporte son match final et, dégoulinant de sueur, s'allonge au sol, regard tourné vers le ciel, un sourire sincère de soulagement et de plaisir traversant son visage. Là, on ressent un petit quelque chose.
Peut-être qu'on peut voir dans le rythme haletant de ce film une retranscription cinématographique de la furtivité stratégique et de la précision mécanique d'un jeu de tennis de table. On se rend coup sur coup à toute vitesse, on ment à l'adversaire en donnant un effet vicieux sur la balle, comme le personnage de Chalament se sort de toutes ces péripéties avec des mensonges sortis en quelques fractions de secondes de sa bouche. Mais sur 2h30 c'est assez fatiguant.
Une séquence se détache du reste malgré tout. Celle dans laquelle Marty et son pote taxi Wally (Tyler Okonma), arrêtés à une station essence, fuient des parieurs venus récupérer leur argent. Après un démarrage en trombe, le véhicule heurte un panneau et la porte arrière s'ouvre laissant s'échapper le chien qui les accompagnait. Après avoir fait quelques mètres, les deux amis observent au loin la station essence exploser. Marty pense alors que le chien est mort dans l'explosion. Le vacarme gagne l'habitacle du véhicule, les gorges s'égosillent alors que Marty souhaite retourner sur les lieux. Puis, une musique jazz entre par un fade in dans la scène, les voix sont étouffées petit à petit alors que notre héros réalise qu'il ne peut pas retourner en arrière.
À la fin du film, Marty remporte son match final contre son rival japonais. À son retour au pays, un travelling latéral suit notre personnage dans l'aéroport alors qu'un drapeau américain apparaît à l'arrière plan. C'est cela Marty Supreme, la victoire d'un certain cinéma américain "cool", rapide comme des shorts TikTok, et qui a oublié le sens de la mesure...