Sorti en 2017 et réalisé par Hiromasa Yonebayashi, Mary et la Fleur de la sorcière est le premier film d'animation des studios Ponoc. Ce jeune studio japonais compte en son sein de nombreux animateurs issus des studios Ghibli, dont le réalisateur Hiromasa Yonebayashi à qui l'on doit Arrietty (2010) et Souvenirs de Marnie (2014). Si le film a un côté occidental assez prononcé (les héros s'appellent Mary et Peter), ce n'est pas un hasard, puisque le film est adapté du roman du même nom de l'autrice britannique Mary Stewart. On sent donc une forte influence des productions Ghibli, mais aussi d'Harry Potter.
C'est l'histoire de Mary, une petite fille (pas tout à fait) comme les autres qui ne sait pas trop quoi faire de ses journée. Elle vient d'emménager pour l'été dans la (grande) maison de sa grand-tante et aimerait se rendre utile. N'étant pas particulièrement douée en rien, elle finit par partir se balader dans la forêt voisine. Et alors qu'elle suit un chat intriguant, elle s'enfonce peu à peu et plus profondément dans la forêt, jusqu'à ce qu'elle tombe sur une magnifique fleur bleue (aka la fleur de la sorcière). En la cueillant, elle va découvrir un balai magique qui va la transporter dans un autre monde, au-delà des nuages.
Vous l'aurez compris, tout ça, ça rappelle fortement Alice au Pays des Merveilles et de nombreuses productions Ghibli, à commencer par Le Château dans le ciel, Kiki la petite sorcière et Chihiro (qui s'inspire elle-même d'Alice au Pays des Merveilles). Le style graphique des studios Ponoc ressemble énormément à du Ghibli et ça c'est le gros point fort de Mary et la Fleur de la sorcière. Sur la forme c'est donc magnifique, très coloré, avec des décors qui fourmillent de détails et le character design des créatures est très réussie. Par contre, sur le fond tout ça c'est du déjà-vu et mis à part Mary, peu de personnages sont intéressants.
Le film de Yonebayashi est hyper référencé, au point où on a l'impression de regarder un patchwork des films de Miyazaki. Et si Mary est un personnage attachant, Peter quant à lui n'est là que pour jouer le partenaire de Mary. Il nous fallait le jeune garçon qui vient épauler Mary, alors ce sera Peter, ce facteur/livreur de journaux sans personnalité et à la mèche de cheveux rebelle. On nous joue alors le petit jeu du "je t'aime, moi non plus" entre Mary et Peter, mais on y croit jamais, la faute au film qui ne nous rend jamais Peter attachant. Mary quant à elle ressemble beaucoup à Kiki la petite sorcière, si ce n'est qu'elle est rousse. La sorcière rousse, c'est un peu cliché, mais passons. Elle suivra donc la même évolution et le même rite de passage que Kiki ...
Mary est très maladroite au début et fait très gamine avec ses deux petites couette. A la fin du film, après avoir libéré Peter, elle détache ses cheveux et devient une vraie jeune fille. On apprendra également que sa grand-tante est la sorcière qu'on aperçoit dans le flashback en ouverture du film. Mary s'inscrit ainsi dans le parcours de sa grand-tante et deviendra elle aussi une sorcière talentueuse.
Mis à part Mary, le background des personnages n'est pas assez fouillé. Ainsi, la grand-tante et le jardinier n'ont pas de place pour exister et même du côté des antagonistes, Madame Mumblechook et le docteur Dee, ils peinent à exister. Elle et le docteur veulent dominer le monde, mais en mode bisounours. Ces sont des antagonistes très gentillets et par conséquent on est jamais trop inquiet pour nos deux jeunes héros ... on sait que tout ça, ça finira bien pour tout le monde, y compris pour les méchants ...
Madame Mumblechook et le docteur Dee veulent utiliser la magie pour réaliser la métamorphose ultime. C'est dans ce processus que Peter est transformé en blob géant qui détruit tout sur son passage (Akira n'est pas bien loin). Mary va sauver Peter et empêcher que ce monde s'effondre. Madame Mumblechook et le docteur Dee sont bien sûr épargnés et vont tirer une leçon de tout cela, espérons-le !
Mary et la Fleur de la sorcière étant le premier film des studios Ponoc, on sent l'immense pression qui reposait sur le réalisateur et ses animateurs. Ils n'ont pas voulu se rater, alors ils sortent un film dans la plus pure lignée des studios Ghibli, sans la moindre prise de risque. Et même si c'est très jolie, c'est très académique, beaucoup trop académique pour me convaincre vraiment. Alors certes, c'est assez divertissant et les enfants qui ne sont pas habitués aux films de Miyazaki vont sans doute beaucoup aimer, mais moi je reste sur ma faim.