Aitor Arregi et José Mari Goenaga, qui ont déjà collaboré, notamment dans Marco, l’énigme d’une vie, réalisent, avec Maspalomas, le récit des placards successifs où un homme, Vicente (excellent José Ramón Soroiz) a choisi ou a été forcé de se cacher tout au long de sa vie. Placard de l’homosexuel qui s'est dissimulé à lui-même son désir en se mariant ; placard conjugal avec le seul homme avec qui il ait assumé son homosexualité (qu’il vient de quitter quand le film commence) ; placard joyeux et festif de Maspalomas où les dunes abritent ébats sexuels et naturisme, la liberté s'exerçant paradoxalement dans l'entre-soi d'une forme de ghetto ; placard de la maison de retraite où un AVC le conduit malgré lui… C'est au cours de ce dernier enfermement imposé que Vicente découvre que toute son existence aura été traversée par une même logique de dissimulation.
Le retour forcé au Pays basque, loin des plaisirs de Maspalomas, est organisé par sa fille, qu’il n’avait pas vu depuis vingt-cinq ans, au moment de son divorce, et qui le prend en charge pour l’aider à intégrer une maison de retraite près de chez elle. Ce contact, qu’il n’a pas choisi, va l’amener progressivement à reconnaitre les souffrances que ses non-dits ont infligés à son entourage, ce qui le conduira aussi à identifier et à comprendre sa propre souffrance, celle d’un homme obligé de se nier lui-même pour vivre le rôle social qui lui est assigné (cette intériorisation de l’interdit se traduit dans le film par sa violence à l’égard d’un aide-soignant homosexuel, retournement contre un autre de l’homophobie dont il a souffert). S’il y a une leçon philosophique dans ce film, c’est bien celle-ci : la pire des dénégations est celle de la souffrance qu’on ressent (parfois sans même le savoir) dans la négation de soi.
Cette trajectoire de rédemption tardive – Vicente a soixante-quinze ans quand le film commence – donne cependant au récit une allure parfois trop démonstrative. Et il a un peu ce défaut des récits de formation ou d’initiation : une épiphanie de la vérité trop programmée. Ce défaut en rencontre un autre, celui de vouloir ouvrir trop de pistes – l’homosexualité sous le franquisme, les ambigüités des espaces de liberté queer, les retrouvailles entre un père et sa fille, la vieillesse en institution, la crise du covid – sans leur laisser le temps de déployer toute leur portée. Chacune donne à voir ou entendre des choses émouvantes et intéressantes, mais le film passe rapidement de l'une à l'autre, au point que son propos finit par prendre l'allure d'un patchwork – dont la musique elle-même semble parfois souligner les coutures.