« Parce que je le vaux bien » … disait la pub. Et bien Materialist, c’est ça. Céline Song ne nous offre pas une comédie romantique telle que la bande annonce le suggère (rappelant une Bridget Jones bis). Au contraire c’est une comédie acerbe, sarcastique sur nos relations amoureuses basées sur la valeur. Que vaut notre amour? Quelle valeur économique attribuer? Quel contrat nous engage? Quelles sont les contreparties? La relation amoureuse est vue sous le prisme d’une société de consommation, où le rapport qualité/prix devient la quête obsessionnelle des gens en recherche d’amour. Mais ici, il ne s’agit pas de biens de consommation mais d’êtres. Et il s’agit bien d’évaluer cet être, ses qualités et compétences; alors on établit des grilles d’évaluation avec des cases à cocher.
Et les sentiments dans tout ça?
Tout commence de manière fort classique (je passe sur la surprenante 1ère scène du film). Une jeune et éblouissante matchmakeuse, célibataire, comblée professionnellement, rencontre un beau ténébreux, richissime financier et très attentionné, qui manie les relations humaines avec douceur mais tels des contrats profitables (ou pas). Apparaît l’inopportun ex de l’héroïne et voilà que les doutes sur la valeur de l’amour vont interroger la jeune femme, d’autant que l’ex est beau, mais pauvre, mais artiste et toujours amoureux et est un sacré confident.
Le film est entrecoupé d’apparitions de clients/clientes de l’Agence de Rencontres qui recherchent la perle rare, leur « chéri.e ». L’une de ces clientes, Sophie L (jouée par Zoe Winters) est déterminante dans la perte de confiance et les progressives incertitudes de notre héroïne. Ces « clients » n’affirment que leurs desiderata (parfois inaccessibles). Toutefois leur présence casse le montage classique. Cependant les plans de Celine Song sont plutôt osés (plongé et contre plongé dans les WC par exemple) et empreints de douceur envers ses personnages. Elle montre tendrement les failles et les complexes de chacun d’eux. Celine Song prend-elle partie ? Je m’aventurerais à imaginer le désaccord de la réalisatrice d’avec son héroïne ne serait-ce que par la présence de la scène d’introduction, idéalisation de la 1ère demande d’un homme épris de la femme.
Ainsi, la fin de Materialist ne surprend guère quand on comprend que l’héroïne ne veut plus cocher les cases (et même si on admet qu’"il ne faut jamais faire deux fois la même erreur").
J’ai adoré les personnages de Sophie L et celui de Harry car se sont ceux qui prennent le plus de risque en amour même si ... c'est plus "facile" pour l'un que pour l'autre. La musique accompagne avec pertinence et même avec ironie les scènes. Les acteurs, Dakota Johnson, Chris Evans et Pedro Pascal, sont parfaits, justes et radieux. Malgré quelques longueurs Matérialist est un film qui, avec finesse et intelligence, répond à la question : quels risques est-on capable de prendre pour accorder notre amour et confiance à celui ou celle qui partagera notre vie, pour toujours ? Le regard que l’amant porte sur moi me valorise-t-il ou pas?
Pour finir Materialist procure un plaisir certain devant ce trio toutefois classique où les désaccords et ruptures se règlent (enfin!) courtoisement.