L'expression "Ne jamais juger un livre à sa couverture" n'aura jamais pris autant de sens ici.
Le postulat assez classique (en apparence) de la comédie romantique new-yorkaise sur fond de triangle amoureux était une évidence. Et ce serait mentir que de dire que cette capsule très moderne de la rom-com américaine ne coche aucune case du genre, cependant il s'avère souvent plus profond et juste que ce que l'on pouvait présumer.
Materialists met en scène Lucy, une match-makeuse, mettant sa vie sentimentale de côté au profit de celle de ses clients et se retrouve finalement partagée entre Harry, le mec "parfait" et John, l'ex petit ami touchant mais trop instable.
Exit une réalisation simple mais efficace et un rythme bien équilibré, nous pouvons nous attarder sur le fond et les sujets traités plus en profondeur qu'il n'y paraît : l'estime de soi dans le couple ; le mariage vu comme un simple contrat d'échange de valeurs ; l'argent ne fait pas le bonheur du couple mais il contribue fortement à sa pérennité ; la toxicité et le danger d'une rencontre "artificielle" ; les stéréotypes sociaux et la pression des standards sur les hommes (la taille, l'argent...) et sur les femmes (l'âge, la forme physique,...).
Tous ces thèmes sont abordés avec brio dans les scènes de dialogues convaincantes et sans trop de fioritures clichées entre les différents personnages : la projection et l'identification en sont parfois désarçonnantes.
La compassion et l'envie suscitées habituellement par ce type de comédie laissent la place à de vraies phases de réflexion sur soi-même et nos rapports aux autres, qu'on les voient tantôt purement sentimentaux, tantôt intéressés au sens moins noble, et nous prouvent au final que ceux-là ne sont pas toujours aussi binaires...
L'on penserait s'attarder dans des mièvreries dégoulinantes en traitant de ces sujets vus et revus, de surcroît avec des comédiens au capital séduction indiscutable et excellents dans leurs rôles : le résultat en est tout autre. Sans réinventer le genre, toujours léger et profitant de l'écrin new-yorkais ô combien romantique (comment ne pas penser à Sex and the City ), le film de Céline Song fait la part belle à une analyse moderne et intelligente de nos rapports amoureux (ou non) d'aujourd'hui.